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Blog Flânerie

Les humeurs vagabondes de Cabotte d’Aureilhan

Posted by on 21 h 07 min in Blog Flânerie | 0 comments

Le hasard est avant tout un rendez-vous inscrit

en un lieu précis à un moment donné.

“les Bouilleurs de cru”

Posted by on 20 h 21 min in Blog Flânerie | 0 comments

Le 1er Mai 2019 le Buis (près de Bessèges)
Le 2 Mai 2019 Banne
Le 3 Mai 2019 Au-dessus de Salavas.


Nous nous dirigeons vers Banne. Nous trouvons refuge dans un grand enclos. Les propriétaires connaissaient admirablement les ânes. Nous avons été bien accueillis. Le soir j’ai mangé avec eux un repas simple et très appréciable pour moi. Leur maison était une magnanerie très bien aménagée et fonctionnelle. Une magnanerie est un lieu où l’on élevait des vers à soie. Elle appartenait à son grand père je crois. À quelqu’un de sa famille. À une époque l’élevage du ver à soie avait apporté à la région une richesse économique importante. La maladie et les producteurs étrangers, dont la Chine et le Japon, ont mis fin à cette activité en pays Cévenol. Déjà la mondialisation.
C’étaient deux musiciens, ils jouaient dans un groupe “les Bouilleurs de cru”, distillateurs de rock-folk ardéchois, aujourd’hui dissout. Nous avons échangé nos productions. J’ai un de leur CD et eux un de mes livres.


Sur les hauteurs de Salavas j’ai dû m’arrêter pour la nuit. J’ai rencontré une dame d’un certain âge qui me prévient que les sangliers pullulent dans le coin. À l’écouter je prenais le risque de me faire dépouiller. Elle commençait à me faire peur avec toutes ses histoires de sangliers agresseurs et chercheurs de nourritures faciles. Je n’avais que des sardines à manger et de la semoule de blé. Je ne suis pas sûr qu’ils affectionnent les sardines en boîte.
Je doutais de l’endroit où nous devions nous arrêter. Il était trop tard pour aller plus bas.
Je consulte Cabotte.
– Tu en penses quoi toi de toutes ces histoires à dormir debout toute une nuit ?
– Les sangliers n’attaquent pas les ânes. Je sais me faire respecter. De plus il y a un peu d’herbe par ici. Mets-toi derrière ces deux chênes verts ensuite je me chargerai de te protéger.
Aucun sanglier n’est venu me visiter dans mon sommeil. J’ai bien dormi. Cabotte veillait son Maître en bonne protectrice qu’elle est.
Merci ma Cabotte. Vive ma Cabotte.



Un coup de vent

Posted by on 19 h 59 min in Blog Flânerie | 0 comments

Le 30 Avril 2019 La Grand Combe puis Laval-Pradel

Ma casquette d’un coup de vent s’est envolée pour se vautrer lamentablement au sommet d’un chêne vert qui se trouvait en dessous du sentier dans un inextricable lacis d’arbustes et de ronces. Impossible d’aller la chercher. Elle ne voulait plus rester sur ma tête. Plusieurs fois elle avait essayé de me fausser compagnie. Je l’aimais bien cette casquette. J’y tenais moi. Je me la trimballais depuis des années. C’est à regret que je l’ai laissée à son destin. Elle voulait sa liberté, la voilà piégée en haut d’un arbre. Qu’elle y reste. Au revoir.

Nous sommes passés à la Grand-Combe. Nous devions nous y arrêter. Cette ville est devenue un désert économique. Il y avait des mines de charbon, fermées depuis une cinquantaine d’années. Aujourd’hui plus d’activité. C’est très particulier comme impression. Beaucoup d’immeubles et de maisons se dégradent. Une sorte d’abandon généralisé règne sur l’ensemble de la ville. Nous poursuivons notre route jusqu’à Le Buis une bourgade à deux kilomètres de Bessèges. Ville aussi sinistrée. Même problématique que la Grand-Combe.

Il fait chaud. Je commence à me dire que je dois sentir le fennec Cévenol. Par chance, un jeune homme m’indique un endroit pour passer la nuit. Il y avait une rivière. Je me suis baigné, l’eau était très fraîche et vivifiante. Je suis en pleine forme et propre à souhait.

Le lendemain je rencontre le maire du village. J’étais sur un terrain communal. Il était très content de nous avoir accueillis. Il fera un petit encart dans son journal local.

Une semaine pleine d’espoir

Posted by on 19 h 46 min in Blog Flânerie | 0 comments

Le 26 Avril 2019 Saint-André de Majencoules
Le 27 et 28 Avril 2019 Col du Mercou
Le 29 Avril 2019 Saint-Jean du Gard

Je suis donc reparti du Vigan sous un soleil timide. Enfin le revoilà. Je ne prends pas l’itinéraire prévu. Les sentiers sont impraticables et dangereux par endroit pour Cabotte. La plupart des sentiers ne sont plus entretenus ; surtout sur les hauteurs. Seuls les chasseurs semblent s’y intéresser encore et maintiennent un semblant de sentier accessible aux hommes. Les contrées sont infestées de sangliers. Cela est dû en partie au mélange des cochons domestiques avec les sangliers. Il y aurait plus de portées dans l’année… De plus il y a de la nourriture en abondance.
Je dois ménager Cabotte. Je vais donc passer plus au Sud des Cévennes. J’en ai marre de devoir rebrousser chemin. Les détours sont parfois de plusieurs kilomètres pour me retrouver là où je dois aller. J’improvise beaucoup avec plus ou moins de réussite. Le plus sûr, ce sont les chemins forestiers (jamais indiqués sur mes cartes I G N) et les routes, hélas bitumées, peu fréquentées par les voitures. Je n’ai guère le choix. C’est parfois un vrai casse-tête.

Cette partie des Cévennes est magnifique et sauvage. Je me laisse aller surtout que le beau temps est revenu. Enfin c’est relatif. J’ai pris une belle saucée au col du Marcou. Je dors sous la tente. Enfin la liberté. Je peux me laisser aller à la flânerie.
Ce sont des espaces immenses dans lesquels de temps en temps on traverse des hameaux où peu de personnes résident. Un désert rural parsemé de magnifiques bâtissent en pierre se dressent comme des rescapés d’un passé pas si lointain. La montagne a laissé partir sa population jeune. Et pourtant que la montagne est belle…
J’ai rencontré deux personnes qui restent encore accrochées au territoire de leur vie. J’ai passé peu de temps avec eux, mais en substance, ils m’ont livré le secret de leur longévité.

La première personne.
Je traverse un hameau qui me paraissait vide. J’entends du bruit dans une bâtisse. En sort une dame âgée mais très alerte. Elle était surprise de nous voir. Elle se met à discuter. J’en retiendrai ces quelques mots qui résonnent encore dans ma tête.
– Vous savez, mon mari et moi nous avons vécu ici toute notre vie. Nous sommes bien ici. Nous avons quelques amis de toujours aux alentours. Nous aimons ces lieux. C’est notre vie. Mon mari a travaillé dur sur cette terre ingrate. La terre a eu raison de lui. La terre est basse. Il était beau, gentil, vaillant, et fort. C’est ce que l’on demandait aux hommes à l’époque. Il s’est usé au travail. Il est plus âgé que moi. J’ai 73 ans et lui 82. Mais nous sommes encore là tous les deux. Où voulez-vous que l’on aille ? Nous avons une petite retraite. Elle nous suffit largement. Nous vivons avec ce que nous avons et avons peu de besoins.
Je ne pourrais pas vivre comme font les jeunes qui ont quitté le pays pour aller vivre en ville dans des appartements si petits que l’on se marche dessus. Hélas, ils vont là où se présente le travail. En général, ils font de bonnes et solides études, mais ne peuvent pas rester ici. De temps en temps nous en revoyons certains avec leurs enfants.
Notre fils est resté, il cultive des oignons doux des Cévennes, ils sont croquants et fermes, pour les salades c’est délicieux. Lui aussi il est bien ici. Il le dit et le pense. C’est bien pour lui. Nous sommes heureux pour lui.
Avant de partir je jette un dernier un coup d’œil dans l’environnement de cette femme. Partout, des escaliers en pierres sèches pour aller d’une terrasse à un autre. Un vrai casse jambes pour des personnes non habituées. Rien de vraiment plat. Grand respect pour cette dame et son mari que je n’ai pas vu.
Savoir se contenter de ce que l’on a. Une vraie sagesse dans un monde non pas de consommation, mais de surconsommation effrénée. Ce fameux et terrible toujours plus pour combler des frustrations jamais totalement assouvies. Une belle leçon de modestie et de vie assumée.
Est-ce donc ça le secret de sa longévité.

La deuxième personne.
Je passais tranquillement dans un petit hameau lorsque j’aperçois dans un immense jardin, un homme en train de préparer la terre de son jardin. J’avais besoin d’eau. Je l’appelle. Il ne lève même pas la tête. Je recommence. J’insiste. Il ne bouge pas. J’allais partir. Il m’aperçoit enfin et vient à ma rencontre.
– Excusez-moi. Je suis dur d’oreille. Vous savez, j’ai 94 ans.
– 94 ans ! Incroyable. Ce n’est pas vrai !
Certes il était âgé. Mais à 94 ans, entreprendre de tels travaux de jardinage de cette ampleur me paraissait insurmontable pour son âge. Je n’avais jamais vu quelqu’un comme lui. C’était un phénomène hors normes.
– Vous savez j’ai travaillé longtemps dans les mines de charbon à la Grande Combe, jusqu’à ce qu’elles ferment. Ensuite j’ai été maçon pendant des années. J’ai construit de mes propres mains 7 maisons.
Il en était fier de ses maisons. Il m’en montra une. Effectivement, c’est du massif comme lui. Il m’expliqua en plus les particularités de cette maison. Je n’en revenais pas. Sa mémoire était surprenante de détails. Intacte. De le voir ainsi, toujours en activité et d’une telle vigueur mentale, me laissait pantois et envieux.
– Aujourd’hui je ne m’occupe que de mon jardin. Cette activité me maintient en forme. Je travaille juste le matin. De temps en temps quand il fait bon ; l’après-midi, je bricole par ci par là pour mes enfants et petits enfants.
– Quel est donc votre secret de longévité ? Vous n’êtes jamais fatigué ?
– Je mange bien et dors à la carte. Quand j’en ressens la nécessité. Je n’insiste jamais. Je suis toujours en activité. J’aime travailler. Rendre des services. Je me sens utile. Je me débrouille bien. Chaque jour je remercie le bon dieu de ne pas me laisser tomber.
Je le détaillais de la tête aux pieds. C’était une masse brute faite d’un bois monolithique, le dos vouté mais charpenté, les jambes affaissées mais solides, les bras noueux mais flexibles, la tête enfoncée mais mobile et les mains écrasées, déformées mais puissantes et agiles. Des mains deux fois les miennes.
– Tenez, prenez votre eau. C’est de l’eau de source. Vous n’avez rien à craindre. J’en bois depuis plus de soixante-dix ans.
C’était donc ça le secret de sa longévité. L’eau de sa source.
Je pense surtout que dans son génome un facteur “x” s’y est inséré à son insu pour le rendre invulnérable face au temps. À cet âge, il devait bien avoir des douleurs musculaires et articulaires, mais il ne laissait rien transparaître. Rien de flagrant. C’est une preuve d’acceptation de ce qu’il est. Et il est solide comme un roc, tant dans son corps que dans sa tête.

Ces deux êtres singuliers et exceptionnels m’ont fait cogiter. Ça tombe bien. Ç’est ma gymnastique quotidienne. Notre société manque cruellement de lucidité et de sens pratique face à la réalité terrestre. On se prend la tête pour des contingences matérielles futiles voire inutiles. Aller à l’essentiel semble difficile à obtenir pour le commun des mortels. C’est bien dommage. Nous sommes des êtres trop compliqués et complexes à la recherche d’un ailleurs mirobolant. Un mirage entretenu par d’incorrigibles obsessions.

Les humeurs vagabondes de Cabotte d’Aureilhan

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Un homme qui craint l’eau-de-vie ne peut espérer boire

que de l’eau plate de pluie.

Toujours et encore de la pluie.

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23, 24, 25.04.2019 Le Vigan

De la pluie de la pluie encore de la pluie.
De la pluie de la pluie enfin une éclaircie.
De la pluie de la pluie il faut se lever
De la pluie de la pluie encore de l’humidité.
De la pluie d’hiver et de printemps, rien que des nuages gris.
Et le ciel nous tombe dessus. Se dilue sur nous.
Quand vas-tu donc cesser de gâcher nos journées ?
Mais à Le Vigan la goutte de trop…
Dans les Cévennes sortez les parapluies. Surtout ces jours-ci. Sinon restez chez vous. Et regardez la pluie tomber bien à l’abri. C’est magnifique. C’est une bénédiction pour vos jardins.
Nous, les errants volontaires, nous n’avons pas de chez nous. Chez nous c’est peut être chez vous ! Provisoirement bien sûr.

J’aime la pluie. Elle est nécessaire. Mais là elle me rend dingue ! Surtout quand elle mouille jusqu’aux os. Heureusement, mes articulations fonctionnent toujours, sans se gripper. Pour combien de temps encore ?
Je n’ai jamais autant scruté le ciel. C’est un métier d’observation et d’intuition la météo. Ce qui est sûr, quand tu es dehors et qu’il pleut, c’est que tu la subis de plein fouet dans l’espoir d’un changement, fut-il infime. Au contraire elle redouble d’énergie sur plusieurs jours à venir. Cabotte aussi en a marre. Elle ne dit rien parce que ce n’est pas son genre de pleurnicher pour quelques gouttes de pluie. Mais là trop c’est trop.

– Cabotte, nous allons nous arrêter un moment le temps que la pluie cesse. Trop de jours sous la pluie. Il faut nous retaper un peu. Le moral décline à force.
– Il était temps que tu y penses. J’en ai plein les sabots, le corps, la tête et les yeux. Sur un coup de tête, j’en reviens à préférer les mouches d’été, mêmes les plus coriaces.

Je fais quelques courses pour Cabotte puis je me mets à la recherche d’un abri. J’ai quelques solutions en ville mais trop compliquées. Je ne veux pas m’éloigner de ma Cabotte. Je me suis habitué à sa présence. Elle aussi je crois.
– N’est-ce pas Cabotte ?
Elle ne bronche pas et continue de marcher la tête basse. Pour ne pas dire autre chose… de plus désobligeant pour moi. Respect ma Cabotte. Vive ma Cabotte.

L’effet Cabotte entre en action.
Voilà tout un attroupement autour d’elle. Chacun y va de son compliment. Une dame arrive en voiture, nous sommes en pleine sortie d’un parking de supermarché. Elle s’arrête. Plus personne ne sort. Elle va droit sur Cabotte et lui parle. Ensuite elle vient vers moi. Je lui explique en quelques mots mon souci.
– J’habite plus haut à deux kilomètres et demi, j’ai deux ânes, et une caravane pour vous. Vous pouvez venir si vous voulez. Je vous y attendrai. Elle m’explique en quelques mots où elle habite. Je pense pouvoir trouver.
Je suis frigorifié et cette proposition tombe à point. Je commençais à désespérer. J’avais l’impression que la chance nous avait quittés.
– Vient ma Cabotte plus qu’une heure de route. Vient ma Cabotte. Trotte. Trotte ma Cabotte. Certes en montée mais au bout le paradis. Je le sens bien.

Nous quittons Le Vigan pour aller vers Paillerols. Ça ne fait que monter et Cabotte, super motivée, tient un rythme infernal. Je me traînais à ses côtés. Elle menait le bal. Ça lui arrive parfois de finir à fond les sabots. Si elle a des coups de mous, elle a aussi des amplitudes de foulées très soutenues que certains marcheurs ne suivraient pas sur plusieurs heures.

Nous arrivons enfin dans une sorte de voie sans issue. Sur un portail, il y avait écrit sur une feuille blanche “la maison n’est pas à vendre” et sur l’autre un dessin sommaire avec deux grandes oreilles. C’était bien ici.
La dame des lieux, très accueillante, vint nous ouvrir et là, surprise ! Des tunnels de verdure impressionnante sous une variété d’arbres et d’arbustes. Il y avait plusieurs terrasses et des murets en pierre sèche. Des sentiers et des escaliers les reliaient. Partout où l’on se dirigeait il fallait monter ou descendre. Un travail titanesque pour aménager tous ces terrains. Elle me mit à l’aise tout de suite.
Elle remit en état l’intérieur de la caravane. Un vrai palace pour un rescapé climatique de la dernière chance. J’en étais très touché. Enfin une bonne nuit.
Quant à Cabotte la voilà avec ses congénères ; deux mâles castrés dont un très curieux et l’autre plutôt craintif. Après une acclimatation d’usage chacun trouva rapidement sa place et partagea le petit abri. Il pleuvait de plus en plus dru. Je serai heureux sous la caravane ! Enfin ! Au sec malgré un taux d’humidité important.

Cabotte intriguée par ces deux compères.
– Ils sont bizarres ces ânes, ils sont très petits on dirait des nains.
– Cabotte un peu de retenue. Serais-tu raciste ? Ce n’est pas bien de se croire supérieur aux autres. Ils sont nés comme cela. Différents de toi. Ce n’est pas parce que tu es inscrite aux haras de France que tu dois prendre des airs supérieurs.
– Ce n’est pas bien méchant. Mais pour des mâles ils ne sont pas très entreprenants. Je les pensais très virulents. Tu vois ce que je veux dire.
– Pauvre Cabotte. Remets en encore une couche. Ils sont castrés et ne feraient pas de mal à une mouche.
– Pourquoi on castre les mâles ?
– Pour qu’ils te foutent la paix. Grosse nigaude.
– Alors ils ne servent à rien.
– Et toi à quoi sers-tu ?
– À porter tes bagages. Gros nigaud.
Elle avait réponse à tout. Je l’aime bien quand elle est comme cela. Elle commence à se dévergonder la Cabotte.

Le soir je mange avec Sylvie et Jean-Pierre. Une soupe pleine de légumes comme je l’aime, une bonne salade, un peu de vin et du fromage. Je me régale.

Le lendemain chacun vaque à ses occupations. J’en profite pour mettre de l’ordre dans mes affaires et faire des courses avec Jean-Pierre au Vigan. J’écris l’après-midi pour rattraper mon retard de plusieurs jours. Je ne suis pas très inspiré, mais je m’y attelle avec courage et abnégation en espérant le début d’une quelconque ligne. J’arrive à débloquer la situation après une panne sèche d’une demi-heure. Mon esprit vagabondait comme il sait si bien le faire. J’adore me perdre d’une idée à l’autre. C’est devenu ma seconde nature. Enfin c’est parti pour trois heures de boulot sans interruption.

Jean-Pierre est un ingénieur responsable des forages de pétrole. Je lui demande comment les plateformes sont arrimées en mer. Il me l’explique de long en large avec un vrai talent de pédagogue. C’est un régal de l’écouter et de comprendre. Question technique je suis bien servi. C’est du sommaire mais l’essentiel y est. Mon imagination fait le reste. Mentalement je peux vous arrimer une plateforme en mer du Nord… C’est un baroudeur qui travaille dans le monde entier avec des équipes de nationalités diverses (Anglais, Russes, Américains, etc.).
Sylvie est une touche à tout : bâtiment, jardin, aménagement intérieur. Elle est vraiment douée et a du goût.
Le soir nous parlons de tout et de rien : de politique, de société, de gilets jaunes, d’économie, de mondialisation, du brexit, d’écologie, même de tauromachie : la totale. Les sujets ne manquent pas. Nous n’étions pas toujours d’accord. C’est plutôt sain. Mais nous en arrivions irrésistiblement à n’en retenir que des points négatifs. La sinistrose nous guettait prête à nous ensevelir sous des tonnes de défaitisme. Un moment donné, Jean-Pierre lassé dit.
– Et si nous parlions des choses qui vont bien.
Nous approuvons aussitôt et signons un pacte. Que du positif et de belles choses qui vont bien. Qui nous feraient du bien.
Eh bien pas facile du tout cet exercice ! Je constate d’une façon flagrante et affligeante qu’il est difficile de tenir le cap plus de cinq minutes en ce qui me concerne. Les dérapages sont légions. Il y a eu de grands trous de silence et d’hésitations.
Le monde tournerait-il à l’envers que nous en perdions notre lucidité et notre tête ? Vivons-nous dans l’illusion d’un monde meilleur ? Cette dernière question sème le doute ! Où en sommes-nous ? Face à nous un grand mystère.
A un moment ne sachant plus trop quoi penser, voilà que Sylvie par je ne sais quel tour de passe me demande.
– Jean-François si tu devais vivre ailleurs dans quel pays vivrais-tu ?
Cette question impromptue me mit dans l’embarras. Je ne sais pas moi. Quel pays ? Je balbutiais pas très emballé par cette question.
– Le Portugal peut-être. Ou ailleurs. Je n’en sais rien. Je ne me suis jamais posé la question. Je renvoyais la patate chaude à Jean-Pierre. Lui ne tourna pas autour du pot.
– La France bien sûr.
Et des pays il en a vu. Du plus chaud au plus froid, du plus grand au plus petit, du plus riche au plus pauvre. Plus que moi. Il a raison, la France est un beau pays. Seuls les français n’en sont pas convaincus. C’est bien dommage. Ailleurs, c’est autre chose. On pense très souvent qu’ailleurs c’est mieux. Rien n’est comparable. Ce que je puis dire et attester, la France et les français méritent que l’on s’arrête chez eux un moment.
Ma pérégrination le prouve.

Outre les discussions nous sommes embauchés Jean-Pierre et moi à éplucher les légumes pour la soupe du soir. Sylvie veillait au grain. La découpe des légumes est essentielle pour elle. Des petits morceaux bien calibrés, ni trop gros ni trop grands ni trop petits. Du grand art. Enfin à son goût. Pas facile pour nous. Nous nous faisions engueuler « presque » si nous n’étions pas dans les normes de Sylvie. Elle ne rigole pas avec ça. Nous étions assez décontenancés sur le coup. Nous n’osions rien faire. Au fond de nous on se marrait bien. Une soupe est une soupe. Et la soupe du soir était excellente.

Je suis resté deux jours chez-eux le temps que le soleil fasse son apparition ? J’en garderai de bons souvenirs.
Cabotte envoie un bonjour sincère à ses deux copains Hyppolite et Isidore avec qui elle a partagé l’abri et le foin en toute sérénité et respect.

 

Les humeurs vagabondes de Cabotte d’Aureilhan

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Un corps malade ne peut nourrir sainement un asticot affamé.

Après le stress, un choc thermique.

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Le 22 avril 2019

Nous descendons tranquillement par la route pour aller à Le Vigan. Etape normalement courte et sans difficulté.

Après deux heures de route je cherche mon portable. Point de portable dans ma veste. Grosse panique à bord. Point de portable : plus de cartes IGN, plus de communication, plus d’orientation possible. La poisse.

“Mon maître est en pleine panique. Il cherche nerveusement son portable. Défait son sac. Le refait, recommence, etc. Je ne l’ai jamais vu dans cet état là. Il m’engueule presque, comme si c’était de ma faute. Il n’a qu’à être plus prudent et moins bordélique. Ça lui pendait au nez. Et le voilà qui m’accroche court à un arbre du bord de la route et repart en sens inverse en courant. Il est fou ce romain. Pardon : mon maître. Il ne fait pas preuve de maîtrise en ces circonstances malheureuses. Je l’ai déjà connu plus efficient. Bref ! La débandade.”

Je me souviens ; la dernière fois que je l’ai utilisé c’était pour réaliser un point GPS. Il doit être resté sur le talus où je me suis assis. Je n’ai jamais couru aussi vite en montée. Au bout d’un temps interminable j’aperçois mon portable dans l’herbe ! Il sommeillait en m’attendant. Soulagement. Bilan une heure de perdue. J’étais content de l’avoir retrouvé et furieux contre moi-même. Il n’y a pas mort d’homme. Juste de la négligence.

Nous reprenons la route. Je voulais m’arrêter avant le Vigan. J’aperçois une belle rivière et un bon emplacement pour camper. J’interpelle une jeune femme qui vient me voir et m’indique l’endroit où je peux me poser.
Lorsque j’ai tout installé, je décide de me faire un brin de toilette. Je commence par les pieds. L’eau était acceptable. Un grain de folie me prend la tête. Je me fous à poil, me couche dans l’eau peu profonde en cet endroit, ressors de l’eau, me lessive au savon de Marseille, puis blanc de mousse m’enfonce dans l’eau pour me rincer. L’eau était glacée. L’opération expresse avec le séchage énergique a duré à peine dix minutes. Enfin je crois.
Cabotte était morte de rire de me voir sauter comme un cabri frigorifié pour me réchauffer.
Il a plu toute la nuit.

Les humeurs vagabondes de Cabotte d’Aureilhan

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Pour apprendre à nager il faut au minimum

se mouiller le bout des pieds.

Un clin d’œil à l’agneau Pascal.

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Le 21 avril 2019 Blandas.

La nuit a été bonne et le ciel est engageant. Nous partons vers le cirque de Navacelles. Il fait beau quand nous traversons le causse. Un moment de plénitude dans ce chemin équestre au beau milieu de nulle part. Le chemin est plat, tourmenté, nous n’avons pas à fournir d’effort pour avancer. Nous évoluons dans un paysage semi-désertique parsemé de pierres et de bosquets de buis. À noter par endroits les dégâts irréversibles causés par la pyrale du buis. Buis aux feuilles anémiées ou sans feuilles déjà. Il y avait aussi des parterres de fleurs, des jonquilles je crois et des bleues dont j’ignore le nom.

 

J’appréciais ce moment. Un vent chaud et léger nous effleurait le visage. Une sensation de bien-être, heureux d’être sur cette planète à ce moment là. Le temps freiné. Cabotte marchait tranquillement à mes côtés. Je partageais cet instant de grâce avec elle. J’entendais son souffle régulier. Une sorte de présence apaisante. Ce moment dura près de deux heures de pur bonheur. Je me sentais bien vivant. En chair, en os et en esprit. La totale.

 

Nous approchâmes du cirque de Navacelles. Un site imposant et magnifique niché au cœur d’un espace inscrit au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. En bas se trouve le petit village de Navacelles.


J’ai cherché et trouvé le sentier des facteurs ou des mules qui descend à flanc de falaise. Impressionnant comme chute dans les abysses. Un dénivelé important de 300 mètres pour atteindre le village de Navacelles. Ça va être du sport.
Je regarde Cabotte avec une certaine anxiété.
– Tu te sens en forme pour descendre ?
Elle se fâche.
– Si les mules descendent je dois pouvoir le faire.
Elle a raison. Si les mules descendaient dans le temps pourquoi pas elle ? Elle m’a démontré à plusieurs reprises son courage et sa dextérité sur des sentiers raides et accidentés.

Et nous voilà partis après avoir réglé la bricole pour que le bât ne glisse pas vers l’avant. Je ne suis pas très serein. Je reste devant à une distance importante de Cabotte. Je surveille mais n’interviens jamais. Elle avance avec précaution et régulièrement. C’est une ânesse, encore une fois je le pense et le dis : exceptionnelle. Il y a eu des passages très serrés. J’avais peur qu’elle accroche une sacoche et que par ce fait se retrouve déséquilibrée et projetée dans le ravin. Rien de cela. J’étais soulagé et content d’arriver en bas sans souci.
Bravo ma Cabotte.
Le bât n’avait pas bougé. Mon chargement à défaut d’être esthétique était bien en équilibre sur son dos et solidement arrimé.
Bravo à moi-même. Puisque personne n’est là pour me le dire. C’est une évidence pour Cabotte. Elle reste muette. Une évidence n’est jamais extraordinaire puisque c’est clairement évident. Rien d’exceptionnel en quelque sorte.

 

Je regarde le ciel. De gros et lourds nuages homogènes se traînent dans le ciel. Il va pleuvoir. Le sentier qui doit nous amener en haut du cirque de Navacelles est aussi voire plus raide que celui que l’on a descendu. Il commence à tomber quelques gouttes. Je décide de prendre la route. Un sentier aussi escarpé que celui-là est très dangereux. Les dalles en pierre deviennent glissantes et impraticables pour Cabotte. Je ne veux pas prendre le risque de nous mettre en difficulté une fois de plus.

La route est longue pour arriver en haut. Deux heures trente de marche. Cabotte a un coup de mou. Plus de six heures de marche au compteur. Je la comprends moi aussi je fatigue. Maintenant la pluie tombe à gouttes de plus en plus rapprochées.
Enfin en haut ! Il y a bien un restaurant. Il est bondé de personnes qui font la fête. Il pleut maintenant. C’est désagréable la pluie quand tu marches. Je décide d’aller plus bas à Blandas.

Je cherche un endroit en dur pour moi. La tente est encore mouillée de la veille. Je vais dans l’unique restaurant du village pour casser une croûte et boire un verre de vin rouge. Je suis trempé et je commence à avoir froid aux articulations. Les articulations n’aiment pas l’humidité. Je demande s’il y a une possibilité de trouver un endroit pour moi et Cabotte.
La personne du bar me dit que tout est pris dans les environs. C’est le lundi de Pâques et les vacances scolaires. Il n’y a pas un seul endroit pour me loger.
La patronne est aux fourneaux. Son associé ou collègue au bar lui expose mon problème. Elle vient me voir et me confirme qu’il n’y a plus rien dans le village.
– Je vous dis plus de place dans les gites, les chambres individuelles, chez l’habitant. Rien.
– Je suis très mal, ma tente est mouillée, j’ai froid et aucun espoir de trouver même un abri de fortune. Je ne suis pas exigent vous savez, j’ai l’habitude, il me suffit de peu de chose. Je ne fais pas dans le luxe. De plus je suis très bien équipé contre le froid.
Elle appelle par téléphone plusieurs personnes de son entourage et du village. Rien. Pas de possibilité. Je suis vraiment dans la mouise. Elle se démène pour moi. Je vois bien qu’elle veut me trouver une solution.
– Il y a un endroit dans le village. Une sorte de hall d’entrée suffisamment grand pour vous abriter pour la nuit. Vous pouvez vous installer là. Quant à votre ânesse elle peut brouter après l’aire de jeux des enfants.
J’étais heureux de cette solution. Je commençais à m’installer quand je la vois revenir. J’ai trouvé mieux pour vous. Elle m’a emmené près d’un bâtiment communal et m’a montré un recoin bien à l’abri du vent et de la pluie. Encore mieux que l’autre solution. De plus je pouvais surveiller Cabotte. Le top pour un sinistré du temps qu’il fait.

L’affaire ne s’arrête pas là. Alors que je commençais à préparer ma tambouille, elle réapparaît comme par enchantement. Elle m’apportait une cagette avec dedans ô miracle : une assiette de flageolets, de l’agneau du causse de Blandas fourré à l’ail des ours et un quart de vin rouge, plus une sorte de fromage blanc avec un fond de crème à la châtaigne pour le dessert. Je ne sais comment la remercier. Cette fin de journée qui s’annonçait si mal, se termine en apothéose. La soupe à la semoule de blé ce n’est pas pour aujourd’hui. Ça cale bien mais ce n’est pas très ragoûtant.
Je mange tranquillement en regardant ma Cabotte. J’adore les flageolets. Elle les cuisine merveilleusement bien. Ce n’est pas par hasard que son auberge du Blandas tourne à plein régime même en semaine. Elle est connue dans le coin.
Le vin me tourne la tête. Et devinez qui fait son apparition. Modestement certes, mais suffisamment pour me donner de l’espoir pour le lendemain. Le soleil !
Le lendemain un jeune homme que j’avais croisé la veille m’apporte dans un bocal de confiture fermé un bon café bien fort et chaud. Formidable.