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Une nuit infernale.

Le 14 Septembre 2019, Estivareilles.

Une bonne descente avant d’atteindre Estivareilles. Après autorisation nous voilà installés près de la gare. De l’autre côté de la voie ferrée dans un espace tranquille loin des rues les plus fréquentées du village. Je décide de faire quelques courses dans une supérette. Je tombe sur Annie la gérante. Elle était très enjouée, curieuse et me posait des tas de questions sur ce que je faisais. Au bout d’un moment, elle me propose de venir ce soir chez elle et son mari pour y diner. Ils habitent au centre du village.

J’accepte tout content de cette invitation. J’avais l’après midi libre devant moi. Je n’avais rien à faire. Même pas à manger. Et je n’ai rien fait. C’est bien de se laisser aller à ne rien faire. C’est une occupation comme une autre. Je n’attendais personne et ne souhaitais voir personne ; je gambergeais tout en regardant autour de moi.

La gare d’Estivareilles n’ouvre que pour la saison touristique.

La ligne de chemin de fer relie Estivareilles à la Chaise-Dieu en traversant le parc naturel régional Livradois-Forez. À proximité de la gare est aménagé sur les rails, un musée à ciel ouvert où l’on peut voir des locomotives et wagons d’une autre époque restaurés et entretenus. Ce jour-là, une poignée d’hommes passionnés s’affairent autour d’une locomotive pour lui redonner l’éclat d’antan. Il semblerait, après plusieurs tentatives, que le moteur rechigne à démarrer. Le mécano, celui qui en avait la dénomination et la compétence, dans l’embarras cherchait vainement à trouver la panne. Pendant plus de deux heures, il s’acharna sur la pauvre bête en trifouillant dans son ventre à la recherche d’une solution. Deux autres collègues restaient au poste de commandes. Ils attendaient les ordres du mécano. Le moteur diésel manquait d’énergie au démarrage. Un soubresaut, puis plus rien. La bête restait muette. Après plusieurs tentatives, en prenant soin de ne pas vider la batterie, vint enfin le cri de la victoire. Le moteur dans un élan surhumain et bruit d’entrailles se mit laborieusement en route en crachant plusieurs nuages de fumée noire et épaisse. Les hommes se congratulèrent en affichant une débordante satisfaction. Ils avaient réussi à réveiller le monstre de ferraille. Je trouvais la ténacité de ces hommes remarquable. Je les ai observés suffisamment pour en déduire que quand on est passionné, rien ne nous résiste. Je saluai leur travail. Le moteur de la loco tournait suffisamment bien pour les rendre heureux. Je suppose qu’ils avaient quelques réglages à peaufiner pour stabiliser la régularité du moteur. Une étape importante venait d’être franchie. Une de plus. À la suivante.

Après avoir passé une bonne soirée chez Annie et Christian je rentre me coucher. Il est vingt-trois heures à peine. Je constate la présence de nombreuses voitures sur le parking de la gare. Je vais vite comprendre pourquoi. Il y avait un mariage dans une sorte de salle des fêtes. L’ambiance était endiablée (comme dans tous les mariages) mais supportable de là où j’étais. Je ne dormais que d’un œil guettant les moindres bruits. Je ne voulais pas que quelqu’un un peu bourré vienne explorer (ma hantise) le coin où nous étions. Mais le pire vint vers minuit, une boîte de nuit lâchait, crachait ses décibels syncopés et entêtant sans se soucier de l’environnement. À devenir dingue. À se taper la tête contre les arbres, les murs de la gare, les wagons et tout le reste. À la fermeture, le spectacle continuait dans la rue. Une poignée de jeunes (je suppose, je me suis abstenu d’aller voir) continuait à gueuler et à courir à tout va. Une femme et un homme s’engueulaient comme des chiffonniers. Il y avait de l’eau dans le gaz. Une histoire de cul, de trahison, d’infidélité, etc. L’alcool libère la haine et la violence. Tous les scénarios étaient possibles. Tout le monde s’en mêlait. Un type génial pour attiser l’ambiance avait mis à fond la sono de sa voiture. Un vrai carnage sonore. Je n’ai pas dormi. Je craignais les débordements, qu’une horde de sauvages se dirige vers la gare et traverse la voie ferrée.

Il faisait noir quand j’ai commencé à ranger mes affaires sous la tente, à la lueur de ma lampe frontale. Je n’en pouvais plus. C’était insupportable. Vers six heures du matin, les portières des dernières voitures ont claqué. Enfin le silence. Je suis allé voir Cabotte, elle n’avait pas l’air perturbé. Elle broutait. Elle est étonnante cette Cabotte.

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