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Une chèvre sous tutelle

Le 23 mai 2019 Pont-en-Royans.


Une fois arrivé à Pont-en-Royans, toujours le même rituel. Où vais-je dormir ce soir ? Je questionne un patron de bar. Il me trouve l’homme indiqué. Le voilà qui arrive en voiture. Il s’arrête me pose quelques questions d’usage puis me dit.
– Je vais vous trouver quelque chose. Je reviens dans une heure. Attendez-moi.
Je reste dans le bar. Cabotte sur la place est entourée de plein de personnes. Elle se laisse approcher sans broncher. Quelle patience. Moi, j’aurais à sa place botté tout ce beau monde dans le décor. C’est comme cela les stars. Et Cabotte est une star. Les stars ainsi approchées assurent leur rôle de star. Passage obligé pour une star comme Cabotte.
Notre homme revient à pied. Tout le village l’appelle Ricou. Nous croisons une jeune femme. Elle vient avec nous.
– J’ai un terrain et si ça ne convient pas j’en trouverai un autre.

Effectivement le premier était trop petit, de plus Cabotte aurait eu du mal à passer le portail. Nous étions dans le vieux village. Ruelles étroites, pavées et des marches à n’en plus finir. Cabotte grimpait sans difficulté. Demi-tour. Nous allons sur un autre endroit de l’autre côté du village.

Nous étions sur un terrain plus ou moins abandonné de l’E D F ! Idéal pour Cabotte, moins évident pour moi. Mais je m’installe dans le coin du terrain là où l’herbe est moins haute.
Ensuite je suis invité dans un lieu qui n’est pas chez lui mais dont il a la jouissance temporaire. C’est un endroit en travaux. Un immense chantier en cours. Il appartient à un architecte Parisien. Il veut en faire un lieu d’exposition au rez-de-chaussée et un appartement au-dessus.
Ricou est donc un personnage incontournable. Il est d’un âge indéfinissable tant sa barbe lui couvre le visage. Son corps est massif légèrement tassé. Un regard bleu océanique d’une immense candeur. Il accompagne les personnes en fin de vie. Il le fait bénévolement. Il en parle d’une façon détachée avec une pointe de dérision sur la vie en général. C’est parfois très étrange et un peu déstabilisant.

Je pensais que la jeune fille qui nous accompagnait était sa fille. Amandine semblait très proche de lui. On en a bien rigolé de ce fait. Comme me l’avoua Ricou « j’aurais bien aimé avoir une fille comme elle ». Je ne me suis pas complètement trompé. On peut aussi recomposer une famille à son goût avec des personnes de notre choix. C’est parfois plus intense moins compromettant et d’une grande liberté.
Nous avons bu son vin de noix. Il m’a invité à manger avec lui. J’ai pu ainsi goûter ,dans des pâtes, son ail des ours macéré dans une composition dont lui seul a le secret. Il vend sa découverte dans des restaurants de la région. C’est une source de revenu. Il a pour projet de remettre en état les jardins en terrasse au-dessus du village. Ils sont envahis par la végétation et se dégradent au fil du temps. La végétation reprend ses droits.
Il est parti en soirée et m’a laissé tout seul. J’ai pu me doucher et laver mon linge, ensuite je suis allé retrouver Cabotte.
C’est la seule personne qui se balade avec une chèvre toute blanche en laisse. Comme un chien. Il l’emmène partout où il va. Situation très atypique et marrante. Elle a eu plusieurs noms me dit-il. Monique le prénom de sa mère (allez donc savoir pourquoi), 49-3 en l’honneur de la loi de passage en force (allez donc savoir pourquoi) et La Belle. Là on peut savoir pourquoi. Elle est très belle avec son poil long et soyeux, athlétique et adapté à son environnement. Ce village est très escarpé.
Le lendemain la chèvre et Ricou nous accompagnent pour me montrer le début du sentier. Nous en avons profité pour saluer Amandine. Amandine, jeune femme que le temps n’arrive pas à patiner. Je lui donnais à peine vingt-cinq ans alors qu’elle en avait au moins dix de plus. Merci pour la vidéo.