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Une belle surprise

Le 26 Mai 2019 Saint-Nizier-du-Moucherotte.

 

Une descente tranquille par des chemins pierreux dans la forêt. Arrivé au village une dame me conseille d’aller à la mairie pour demander un lieu pour dormir. C’était le dimanche des élections Européennes. J’avais oublié les élections. Complètement sorties de la tête. De plus je suis parti sans faire signer une procuration de vote pour ma Mamaou. Il m’arrive de temps en temps d’oublier quel jour nous sommes. Alors les élections vous pensez. Je suis sur une autre planète complètement immergé dans mes diverses cogitations.
Au bureau de vote je débarque avec mon sac à dos sur les fesses et un accoutrement vestimentaire très, comment dirai-je, relâché au mieux pour ne pas dire débraillé. Je faisais tache. Subitement ça me sautait à la gueule face certainement à des types du conseil municipal endimanchés pour l’occasion.
Ils se marraient bien mais ont pris ma demande en considération. Ils se sont concertés assez longuement pour m’annoncer que nous pouvions nous installer au pied des pistes de ski de fond près d’un jardin et poulailler collectif. Parfait.


J’étais préoccupé par la traversée de Grenoble. J’avais de quoi m’occuper au niveau du trajet dans la ville.
Je me suis fait à manger vers les dix-huit heures afin de me coucher assez tôt pour être en forme le lendemain. Vers vingt-une heure, alors que j’étais sous la tente, une jeune femme d’une trentaine d’années voire plus est arrivée pour m’apporter deux belles portions de pizza plus du vin rouge.
– J’ai mangé.
– Vous les aurez pour demain, je les ai emballées dans du papier alu.
– Je la remercie et lui suggère de boire ensemble le vin. Elle va chercher un autre verre. Nous nous sommes assis sur un banc public et avons trinqué à mon projet et à la vie en général.
Nous avons discuté longuement de sujets existentiels. Enfin quelqu’un qui n’a pas peur de les aborder en gardant un fol espoir pour l’avenir. Elle était Italienne et connaissait bien la France. Elle a vécu dans plusieurs villes françaises en tant qu’étudiante et pour travailler aussi. Elle exerçait à Grenoble comme éducatrice à temps partiel dans un centre recevant des autistes. Le jardin collectif lui prenait le reste du temps. Elle apprenait à cultiver. Elle aspirait à une vie qui aurait du sens pour elle. Je pense que de temps en temps sa famille lui manque.
J’avais l’impression de la connaître depuis longtemps. C’était bizarre et d’une étrange complicité. Lorsqu’elle est partie, il commençait à faire froid, elle m’a pris dans ses bras très naturellement. Je ne m’y attendais pas. Nous nous sommes ainsi encouragés ; elle, à chercher une vie qui lui ressemble et moi, à continuer mon chemin.
Je lui ai donné un bouquin. Une chose est sûre. Je suis persuadé qu’elle le lira. Il y avait quelques réponses à ses questions. Enfin je crois. Si un de mes textes pouvait l’aider d’une manière ou d’une autre ; il aurait rempli sa fonction. Sans prétention. Les livres dans certains cas peuvent être très éclairants et amener un début de compréhension aux choses de la vie. Certaine phrases rassurent, d’autres bousculent, d’autres vous révèlent un monde dont vous n’auriez jamais pensé l’existence, d’autres vous laissent indifférent et vous aident à vous endormir. Le rapport à la lecture est différent pour chacun d’entre nous. Nous sommes les acteurs de notre imagination lorsqu’on lit un livre. Celui qui ne sait pas lire ne peut pas mettre en scène ce que l’auteur peine à vouloir dire.