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Un bel enthousiasme.

Les 07 et 08 Juin 2019 Culoz.

Nous empruntons la Viarhôna. Rien de particulier à signaler. Tout a été tranquille. Un peu monotone. Mais on ne va pas se plaindre.

Nous arrivons sur Culoz en fin de matinée. Cabotte fait un effet fracassant quand nous passons devant un bar très fréquenté en cette heure. Je décide de m’arrêter pour m’acheter à manger. Le patron n’avait rien pour moi. L’ambiance était chaude. L’alcool coulait à flots. Certains avaient la tête en vrac. Tous se connaissaient depuis très longtemps. Certains étaient des amis d’enfance. C’était un lieu de rencontre entre jeunes et moins jeunes. À côté de moi un groupe de personnes, des filles en majorité, me posent des tas de questions sur notre voyage avec Cabotte. Celles-ci me proposent de venir manger avec elles. Un de plus ne changera pas grand-chose. Le patron avait confectionné un grand plat de pâtes avec je ne sais trop quoi pour tout le monde. Un plat convivial bien consistant. Nous sommes bien une quinzaine. Ensuite se pose la question à quel endroit nous allons nous poser. Une solution va vite être trouvée. Les filles discutent entre elles et l’une d’elle dit.
– Emilie, ton père il ne pourrait pas ? Il a du terrain, ça pourrait faire l’affaire. À Culoz on ne laisse personne à la rue.
Emilie téléphone à son père. Elle négocie, il me semble un bon moment avec lui. Elle revient radieuse de m’avoir trouvé une solution.
– Il est d’accord. Je te préviens mon père est particulier. On lui plait ou pas. C’est bon ou pas. Il est entier et direct. Je vais te présenter à mes parents.
Les présentations semblent convenir à ses parents et bien sûr à son père.
Cet homme d’un certain âge (difficile de lui en donner un) est très dynamique et d’un franc parler hors normes à vous couper le souffle. En gros il ne fait pas dans la dentelle. D’entrée il plante le décor. Je lui ai dit que l’on m’avait prévenu. En réalité je le trouve très marrant. Il se protège de quoi je n’en sais rien. Cabotte et moi avons l’habitude de nous adapter aux personnes qui nous reçoivent. C’est la moindre des choses que nous puissions faire. Très rapidement il prend de l’assurance avec nous. Cabotte l’impressionne par sa musculature et sa taille. Il s’intéresse à elle en premier. Elle semble s’en foutre. Elle broute, à peine installée, comme une affamée. Elle a l’air de s’y plaire.
Il m’ouvre une sorte de cabane pour me montrer où je peux dormir. Oh ! Surprise. Me voilà dans un entrepôt de sculptures. De belles sculptures en bois.
– Si tu veux tu peux t’installer là. Tu seras à l’abri. Ce soir il va certainement pleuvoir.
– L’endroit me convient. C’est vous qui sculptez ?
– Oui. À la tronçonneuse. Un jour j’ai vu sur une foire un type le faire. J’ai trouvé cela incroyable. Si lui le fait, pourquoi pas moi ? Je m’y suis exercé un moment jusqu’à ce que je réussisse enfin quelque chose. C’est juste un coup de main qu’il faut avoir.
– Un bon coup de main et pas mal d’observation. Vos sculptures expriment des sentiments et des attitudes bien réelles. Seuls des bons sculpteurs en sont capables.
– Je me débrouille assez bien. J’en donne parfois. Je n’en fais pas un commerce. J’entrepose beaucoup. J’en ai plus qu’il ne faut. Ça me prend de temps en temps. Et me voilà parti pour une sculpture. C’est comme ça. D’un coup. Je n’aime pas que l’on me regarde sculpter. Interdit. C’est mon affaire. Personne ne peut y assister.
Je ne lui demande pas pourquoi. Je le félicite.
Et il s’en va soudain me laissant m’installer. Je ne le reverrai que le lendemain. Dans la nuit il tombe des trombes d’eau. Au réveil je ne me sens pas d’attaque à affronter une journée de pluie. Lorsque je l’aperçois je lui demande si je peux rester une journée supplémentaire. Il accepte avec joie. Il comprend.
Au fil des diverses rencontres dans la journée il devient de plus en plus bavard. Il avait été parachutiste au R P I Ma de Mont de Marsan caserne Bosquet après la guerre d’Algérie. Une drôle d’histoire. Il était harki. Malgré le contexte complexe de ces hommes, il s’est bien intégré à notre pays. Et je puis dire qu’il était un fervent défenseur de la France. Il aimait la France plus que certains Français de souche. Une belle leçon d’optimisme et de pardon.
Il m’apprend qu’il était un bon tireur à l’arc. Il avait eu un niveau national. Là aussi il était dans l’excellence comme tout ce qu’il entreprenait. Ils sont incroyables ces types.
Un seul bémol dans son histoire. Lui le sportif plein de talents et le remuant bonhomme qu’il était ne supportait pas de vieillir.
– Regarde-moi j’ai perdu de la souplesse, de la puissance, j’ai les articulations rouillées, j’hésite parfois à me pencher pour jardiner. Et surtout peine à me relever. Crois-moi vieillir c’est la poisse, la merde. Une véritable merde qui te tombe dessus. Tout part en couilles. Mon squelette ne me tient presque plus. Putain si je pouvais rajeunir de trente ans, juste trente ans. C’est rien trente ans dans une vie. Où est donc passé ma jeunesse ? Il n’y a plus rien. Juste des souvenirs.
Je ne savais pas quel âge avancé il avait, mais le papy désarticulé était encore fringant. S’il n’était plus capable de réaliser un salto arrière comme dans ses jeunes années, je le trouvais en pleine forme. Exemplaire.

Dans la journée du 08 Juin Maryjan, une amie proche, et Christian le Québécois (l’homme se déplaçant en pensées à la vitesse de son ombre: dès qu’il bouge) sont venus me voir. Nous sommes montés en haut du Grand Colombier. Le temps clair nous a permis d’apprécier le Massif du Mont Blanc, celui de la Vanoise et le magnifique lac du Bourget. Du grand spectacle là devant nos yeux. Nous avons eu beaucoup de chance.

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