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Quand le temps nous échappe

Les 09, 10 et 11 Mars 2019 Aubiet.

AUCH

Le 09 Mars 2019 fut une journée longue et laborieuse. Le départ depuis Barran fut comme à l’habitude. Cabotte allait tranquille et marchait allègrement. Au bout de deux heures elle dut traverser un gué. Elle refusa en premier temps. Armé de patience j’essayais de la rassurer. Je l’encourageais vivement à traverser. Rien à faire. Les sabots semblaient plantés dans le sol. Si tu tires comme un malade tu l’enfonces encore plus. Je perdais patience. Tout d’un coup la voilà qui traverse le gué en deux magnifiques sauts. J’étais très heureux de son exploit et la félicitais. Un peu plus tard je m’aperçois que le bât avait tourné, conséquence de son saut d’obstacle. Je tombe tout le barda et le refais. Une heure trente de perdue sur mon itinéraire. Rien de grave. Nous arrivons sur Auch où un sculpteur m’ayant vu arriver, m’invite à manger chez-lui. Je ne regarde pas l’heure et nous voilà encore plus en retard. Nous repartons vers le centre ville d’Auch. Cabotte est reçue comme une star. Tous veulent la photographier. Je laisse faire. Je refais un point et m’aperçois que je ne suis pas sur la bonne route. Impossible de me repérer avec le G P S et pour cause j’avais oublié de l’activer. Encore une perte de temps. Je décide d’aller sur Aubiet chez l’amie d’enfance d’une amie. J’étais attendu.
Il était presque dix-huit heures. J’évalue très mal encore une fois la distance à parcourir. La nuit arrive et nous marchons toujours en direction d’Aubiet. Il fait maintenant nuit, le vent se lève et l’humidité nous pénètre. Nous passons devant une ferme. Deux molosses nous aboient dessus comme si nous étions des pestiférés. Cabotte prend peur (il faut dire que l’on n’y voyait pas bien. Ma frontale éclairait faiblement devant nous) et se met à courir comme une dingue droit devant elle. Elle perd la moitié de son chargement. Je ne peux pas la retenir. Je lâche la longe pour éviter des brûlures aux mains dues au frottement. Je suis fou de rage contre moi-même. Pourquoi ne me suis-je pas arrêté plus tôt ?
À la lueur de la frontale je ramasse sur la route, heureusement peu fréquentée, tout ce qui était tombé. J’appelle Cabotte désespérément. Je la devine sur le bord de la route, elle m’attendait, le bât sur le côté. Je lui prends la tête pour la calmer. Je redéfais complètement le chargement et dans la nuit noire m’obstine à tout remettre en place. Je pense avoir fait le plus dur. Nous repartons mais très rapidement le chargement devenait de plus en plus instable. Je ne pouvais plus continuer au risque de fatiguer et blesser Cabotte.
J’appelle Danièle, je lui dis vaguement où je me trouve. Je lui demande de venir chercher tous les bagages de Cabotte. Elle accepte. Je décharge en essayant de tout rassembler sur le bas-côté de la route pour éviter de perdre du matériel. Danièle arrive comme un sauveur dans la nuit profonde et froide.
Je ne veux pas savoir l’heure qu’il est. Je repars avec Cabotte (allégée de son barda) chez Danièle. Plus d’une heure de marche. Cabotte suit sans rien dire. Elle marche vite en se collant près de moi. Elle ne tire même pas sur le licol. Elle est incroyable et solidaire dans l’effort. A-t-elle compris mon désarroi ? Danièle a la gentillesse de m’attendre et d’éclairer avec sa voiture certains points stratégiques de la route pour m’éviter de chercher mon chemin. J’ai fait assez de conneries dans la journée. Une de plus pourrait m’être fatale.
Enfin, j’aperçois une lueur sur le bord de la route. Elle était vraiment attendue. C’est la lanterne qu’avait accrochée Danièle sur les branches basses d’un arbre pour que je puisse me repérer et tourner au bon endroit. Enfin la délivrance. Aussitôt arrivé je m’occupe de Cabotte. Je veux me faire pardonner. Je suis fier d’elle. Bravo Cabotte. Je peux compter sur toi.
Résultat des courses :
38 kilomètres soit plus de deux étapes en une.
Une angoisse inutile. Marcher la nuit avec un animal à ses côtés sur des routes secondaires un véritable exploit demandant vigilance et anticipation. Ça pouvait être dangereux. Seulement deux voitures croisées, heureusement.

Je mange une bonne soupe bien garnie avec de la viande indéfinissable. Je me risque à boire un verre de vin rouge. J’ai été foudroyé de la tête au pied. Je mesure alors l’état de tension et de fatigue dans laquelle je me trouvais. Je décompressais brutalement.
Danièle me propose de rester le temps que je voudrais. Je décide de me poser deux jours pour revoir mes attaches sur le bât, m’organiser au mieux, programmer mes itinéraires, analyser mes conneries, m’occuper de Cabotte et terminer quelques uns de mes écrits. J’essaie de ne pas prendre du retard. Je m’oblige une certaine rigueur et régularité.

Cette halte m’a remis en place les neurones. J’ai bien mangé. J’ai bien dormi. Et j’ai bien bavardé avec Danièle. La maison a de bonnes vibrations. Un endroit magnifique pour se ressourcer. Je suis en pleine forme.

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