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Quand la générosité s’en mêle !

Le 24 mai 2019 Pont-en-Royans

Une longue et belle journée. De magnifiques et divers paysages.

 

 

 

 

 

Sur les hauteurs de Rencurel je repère un endroit avec des chevaux. Je frappe à la porte de leur éventuel propriétaire. Je commençais à peine à rechercher un coin pour la nuit. Bonne pioche. Le gars me dit qu’il ne peut pas m’héberger ici à cause des chevaux. Il me propose d’aller plus bas. Il tenait une pizzeria à La Balme de Rencurel. Il y avait près d’un torrent un espace suffisant où nous pouvions nous installer. Ensuite je pouvais aller le voir dans son restaurant. Il avertit les voisins de notre arrivée.

Je prends le sentier.

Nous étions presque arrivés quand un arbre de taille modeste nous barre notre progression. J’étais fou de rage. Mon couteau scie entre en action et vient à bout de plusieurs branches après vingt bonnes minutes d’acharnement pour dégager un espace suffisant pour passer. Je respire. Nous respirons. Je nous voyais mal remonter une partie du sentier pour retrouver la route.
Je commençais à peine à débâter Cabotte lorsqu’arrive une dame avec un café. Ce café était le bienvenue. Ses enfants apportent des carottes et du pain sec pour Cabotte. La même dame revient un peu plus tard. Elle me demande si j’avais besoin de quelque chose. Elle se proposait de me laver mon linge. Je l’avais fait la veille. Il était légèrement humide. Elle me dit qu’elle avait un séchoir à linge. Elle prend mon linge.
Je décide d’aller à la pizzeria, la Petite Pause. Je commande une pizza aux fromages du pays. En attendant je discute avec une jeune fille qui travaillait sur son ordinateur. Elle m’explique qu’elle venait juste d’arriver. Elle venait ici parce qu’elle n’avait pas de réseau internet. Elle et son ami avaient fuit la ville en l’occurrence celle de Lyon pour vivre à la campagne. De plus les prix des locations à Lyon semblent prohibitifs pour une bonne partie des jeunes débutants dans la vie active. La ville est devenue le repère des gens aisés. Les autres sont giclés en périphérie.
Le patron s’appelle Diégo. Cet homme a voyagé dans pas mal de pays pour réaliser des chantiers importants pour des gens friqués. Je ne sais plus s’il avait été menuisier ou charpentier avant d’être restaurateur. Peu importe. Ce qui est sûr c’est qu’il travaillait beaucoup et dur. Le travail semble être sa priorité dans la vie. Pourtant il a un rêve, partir avec ses chevaux et sa famille pour une épopée en France ou ailleurs. Il a certainement des idées précises. Je crois que mon histoire lui a réveillé son désir. Mais pour cela il doit se libérer de son travail. Il m’a certifié qu’il le fera. Un jour. Quand ? Je lui ai dit, mais il le sait déjà, que c’est le premier pas qu’il faut réaliser avant de plonger dans l’averture. Le premier pas à un coût au sens propre et figuré. Je suis persuadé qu’il le fera. En tous les cas je le lui souhaite.
Lorsque je veux payer l’addition. Il refuse. Cadeau pour Vous. Une autre dame vient me voir.
– Avez-vous besoin de quelque chose ?
– Non. J’ai tout ce qu’il faut.
– Demain vous irez chez Diégo. Vous aurez un café et des croissants.
– J’ai ce qu’il faut vous savez.
– J’y tiens.
– Je me sens mal de lui dire que quelqu’un m’a payé le café alors que je ne vous connais pas.
– Je vais le prévenir. Ça me fait plaisir. Elle est partie comme envolée par un coup de vent.
Effectivement mon petit-déjeuner m’attendait le lendemain.
L’histoire ne s’arrête pas là. Après une heure de route. Une voiture en sens inverse s’arrête. En sort le mari et un de ses enfants. C’est le mari ou compagnon de la dame qui m’avait séché mon linge. Il avait une grosse poignée de carottes pour Cabotte et des bananes pour moi.
Je le remerciais et lui rendais quelques bananes. J’en avais de trop. Il voulait m’en donner une bonne dizaine. Où les mettre ? Pourtant j’adore les bananes.
– C’est normal, me répondit-il avec un naturel déconcertant et spontané.
À croire que la générosité pour certains n’est pas un vain mot. Je ne sais pas ce qui déclenche cet élan là. C’est rare en temps normal. J’ai apprécié. Ça donne à réfléchir en ce monde qui ne cesse de compter son argent en se cachant. Les pauvres qui n’en ont pas n’ont pas ce plaisir.
Nathalie et Diégo, j’entends vos chevaux ivres de bonheur claquer des sabots à l’unisson sur la traversée de vos rêves.
Sellés les chevaux et partez. Ne vous retournez pas. Le plus dur est déjà passé.