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La dichotomie de deux états d’âme.

Le 10 Août 2019 Chamboeuf.

Une bonne marche décontractée, aucune séquelle dans nos organismes malgré le manque de sommeil de notre nuit si perturbée. Nous étions très enjoués. C’était étrange comme sensation, mais si bon à vivre. Alors vivons-le sans se chercher des poux dans la tête. Pourquoi anticiper des choses ou pire les imaginer ? Lorsqu’elles se présenteront, il sera toujours temps de s’y adapter ou d’y remédier si nécessaire.


– La vie est belle ma Cabotte.
– Oh oui. Elle est belle. C’est super d’être ensemble ô mon bon Maître.
– Nous sommes en train d’inscrire une histoire.
– Une histoire ! Notre histoire Ô mon bon Maître.
– Tu as raison de préciser que c’est notre histoire. C’est bien la nôtre. Aucun doute là-dessus. Nous sommes liés quoiqu’il arrive pour un bon moment.
– C’est si bon d’être ensemble, de se soutenir dans la difficulté. Même si parfois c’est tendu entre nous, nous arrivons toujours à un respectueux compromis. Nous nous estimons suffisamment pour appeler l’autre lorsque le besoin s’en fait ressentir.
– Un seul regard suffit ma belle Cabotte.
– Un bon geste aussi Ô mon bon Maître. Une délicieuse caresse chaque matin me rend heureuse. J’avance mieux. Je suis prête à affronter une bonne journée.
– Je n’oublie jamais ma Cabotte. C’est pour cela que je te brosse avec tant de précaution et de tendresse. C’est un plaisir pour moi. Ça me rassure en même temps. Je sais lire aussi en toi ce qui te chagrine.
– Je sais. Je le sais. Ô mon bon Maître, je vous en suis reconnaissante.

 

Nous arrivons dans l’après-midi à Chamboeuf. À notre vue un homme chaleureux nous indique un endroit, à la sortie de village, où nous pouvons passer la nuit. Ses deux filles m’accompagnent. Le lieu me semble compliqué à trouver. Elles sont curieuses de mon histoire avec Cabotte. Elles sont très joyeuses et dévouées. Leur père préviendra le maire de ma présence près du terrain de tennis de la commune.
Le maire se présente en fin d’après midi. C’est un homme très sympa. Il va me faire quelques courses.
– C’est la moindre des choses que je puisse faire. Ma femme et moi nous vous aurions bien invité mais ce soir nous ne serons pas là.
– C’est bien comme ça. Vous savez tous les soirs c’est la même chose. Nous tombons du ciel à un endroit inconnu. Je prends ce que l’on me donne. J’ai peu d’exigence. Nous ne sommes que de passage. Je suis très bien ici. Nous nous contentons de peu.


– Vous devriez vous poser un peu plus bas. Il y a plus d’herbe pour l’ânesse. Et de l’ombre pour vous.
Je m’installe définitivement. Tout d’un coup je suis pris d’une angoisse lancinante et profonde. Je suis passé d’une situation euphorisante matinale à un abattement dévastateur incompréhensible l’après-midi. Une sorte de réminiscence venant de mon for intérieur comme une surprise de dernière minute. Je ne m’y attendais pas. Impossible de me ressaisir. Je crains qu’ici la raison ait perdu toute sa raison. Sa logique. Quel en était donc le déclencheur ? Mystère.

Rien en apparence ne justifiait cet état d’âme aussi brutal. J’ai eu des moments de doute, de spleen, de solitude embarrassante, de blues, mais jamais je n’ai atteint ce niveau. Des fantômes fugaces me traversaient la tête. Je ne puis m’en débarrasser d’un revers de la main. Il y en avait de trop. Une pensée interrogative chassait l’autre sans ménagement. Elles arrivaient par vagues successives, ne me laissant aucun répit. J’étais submergé par des pensées négatives.
Qu’est-ce que je fous là ? Que cherches-tu à te prouver ? Pourquoi cette obstination quotidienne à vouloir avancer coûte que coûte ? Tu as vraiment un problème de reconnaissance ? Tu n’as rien d’autre à faire dans ta putain de vie ? Rien ? Qu’espères-tu donc ? Les gens, comme tu sais si bien les nommer, en réalité se foutent de ton histoire. Ils ont leurs soucis. Ils ne mélangent pas tout. Tu es seul mon gars. Terriblement seul. Seul tu es pour te sortir de cette impasse.
Je décide de me faire à manger. Juste pour m’occuper. Je n’avais pas faim. Je me bouscule contre mon propre gré, si je puis dire. Je devais faire diversion. C’était une bonne initiative. Une solution compensatoire à mes troubles existentiels. Tout en préparant ma “pâtée” constituée essentiellement de semoule de blé précuite, d’olives noires et de tranches de jambonneau en boîte, l’ensemble imbibé d’un bouillon au curry et condiments divers, je ne cessais de me répéter qu’une bonne bouteille de vin me serait bien utile pour chasser mes mauvaises pensées. L’alcool est encore aujourd’hui un produit légal de substitution contre les maux sporadiques ou permanents de nos angoisses existentielles ou considérées comme telles. Il remplace à moindre coût les antidépresseurs, les anxiolytiques, etc. ; cela sans ruiner la sécurité sociale et pour des résultats incontestables. Ici, je n’avais pas de vin. Pas une seule goutte d’alcool. Rien, juste un souvenir. C’est bien dommage. Je vais devoir affronter ma réalité du moment tout en restant placide. Cette apparente lucidité.
Je mange ma pitance sans appétit, mécaniquement j’enfourne chaque bouchée jusqu’à ce que je me sente bien rempli et lourd de corps. Cette sensation a eu pour effet de me rappeler que la veille je n’avais pratiquement pas dormi. J’étais fatigué tout d’un coup. La digestion pompeuse d’énergie et le manque de sommeil ont eu raison de mes étranges égarements. Je suis allé me coucher tout habillé. Il faisait encore jour. Il était 20h00 à peine. Un quart d’heure après je m’abandonnais dans les bras de Morphée.

 

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