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Féminin ou masculin ?

Le 31 Mars 2019  Castres.

La traversée de Castres s’est déroulée sans problème. Une habitude urbaine bien négociée.

Un incident a contrarié ma pauvre Cabotte.

Alors qu’elle m’attendait patiemment, attachée à un poteau de lampadaire; près d’elle, sous un abri bus, deux types avinés et bruyants se foutaient ouvertement de sa gueule. Ils ne parlaient pas. Ils se gueulaient dessus, en gesticulant, comme s’ils étaient sourds.
– T’as vu l’âne, il est chargé comme une mule.
– Mais une mule ! C’est pas un âne ?
– C’est pas pareil, je crois. L’âne est un mâle, la mule une femelle. Enfin je crois. Ça se ressemble l’un est plus grand que l’autre. C’est un truc de ce genre.
– Tu crois ? Et l’ânesse c’est quoi alors ?
– Tu m’emmerdes avec tes conneries. On s’en fout tiens bois un coup. Ils se chamaillaient en disant des inepties aussi élevées que leur taux d’alcoolémie. Le mauvais vin rend con !
Tout d’un coup un des arsouilles se leva pour aller vérifier si l’âne avait ou pas des roubignoles. Enfin le truc qui pendouille.
Il s’approcha de Cabotte, lui tourna autour en continuant de se moquer d’elle. C’était insupportable. De plus, il s’intéressait à ses parties génitales pour essayer de définir le sexe.
– Viens voir c’est une mule. Je te dis que c’est une mule. J’en suis sûr maintenant. Viens voir je te dis, c’est une mule ! Merde lève-toi. Fais un effort.
Il se leva difficilement pour venir voir ce que l’autre avait découvert. Il chancela jusqu’à Cabotte en se faisant une raison. Il devait se rendre compte. C’était vital de savoir.
De loin, je surveillais la scène. Je me pressais de payer la baguette de pain. Il devenait urgent d’intervenir avant le drame. Cabotte s’énervait en tirant sur la longe. Elle m’appela au secours. Ce qui raviva les moqueries des deux ivrognes invétérés.
Ils se tordaient de rire devant ce braiement bizarre de détresse.
Je m’approchais d’eux pour cesser ces calomnies. Cabotte allait botter. Elle était prête et motivée. Je leur dis.
– Faites attention les gars. Vous allez vous faire voler votre picrate.
Cela leur suffit pour se rasseoir sur la banquette encombrée d’immondices de l’arrêt de bus. Ils devaient déjà squatter depuis de nombreux jours. Ils se devaient de sauver leur patrimoine.
Je détachais la longe et libérais Cabotte.
Celle-ci enfin rassurée en passant près de l’arrêt de bus, s’arrêta à leurs pieds et lâcha avec délectation de magnifiques crottins nauséabonds et bien calibrés. Ils se regardèrent interloqués et pour une fois muets.
– Bande de nazes je suis une ânesse. Je vous salue. Bonne journée. Démerdez-vous avec mon cadeau d’adieu.
Elle se mit à rire à grand bruit en relevant ses grandes lèvres à s’en faire péter la sous-ventrière. Je suis très fier d’elle. Aurait-elle de l’humour ?

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