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Des écosystèmes bien perturbés.

Le 11 Août 2019 Chevannes.

Une bonne nuit. Je me réveille bien reposé. J’ai dormi neuf heures d’une traite. Je ne sais pas ce qui m’est arrivé la veille. Un drôle de phénomène qui, je l’espère, ne se renouvellera pas de sitôt. J’ai eu un coup de mou mémorable. Une baisse générale de régime et de motivation. Une angoisse anesthésiante de premier ordre.


Je regarde le ciel. Il risque de pleuvoir. Il nous faut dégager au plus vite. Le ciel est mitigé, déjà il pleuviote lorsque nous partons.

Pour l’instant rien de terrible. La pluie ne peut que nous faire du bien. À nous ; mais aussi à la végétation en pleine souffrance. La terre a soif. Je m’équipe contre la pluie. Au bout deux heures nous quittons la route prévue et nous nous dirigeons vers Chevannes en espérant trouver un endroit où nous poser. Le ciel est de plus en plus menaçant. C’est sûr nous allons nous prendre une bonne saucée.

Arrivés en haut d’une côte une belle surprise : le centre équestre Ecurie sur Lavale.

Une chance.
À peine avions-nous franchi l’entrée du centre équestre que le ciel s’est abandonné généreusement ; lui qui s’était tant retenu pour nous épargner une douche désagréable et froide. Je le remercie de nous avoir fait cette faveur. Une fleur céleste. Nous apprécions.


Deux jeunes femmes accompagnant des chevaux au box s’arrêtent près de nous. Elles sont surprises de nous voir.
– Quel bon vent vous amène ici ?
– Ce n’est pas le vent mais la pluie. Nous cherchons un endroit pour la nuit.
Elles se concertent et me disent qu’il y a certainement une possibilité mais avant tout elles doivent demander à la responsable du lieu. Elles obtiennent un accord. Elles me montrent où mettre Cabotte et où je pouvais passer la nuit à l’abri.
Ensuite nous allons au club house, nous étions en fin de matinée, elles m’offrent un café. J’accepte, même si ce n’est plus l’heure ; ce laps de temps en commun n’est qu’un prétexte pour se poser et engager la discussion. Claire est commerciale dans le vin, ce qui est normal dans cette région de Bourgogne. Elle est contente de son travail. Amandine est formatrice auprès des pharmaciens. Elle informe ces derniers des nouveaux produits et de leur utilisation thérapeutique. Vaste programme. En gros, elle commercialise les trouvailles des laboratoires et leurs bienfaits. Je ne puis m’empêcher de la titiller.
– Tu œuvres pour les lobbies pharmaceutiques. Il semblerait qu’ils soient les rois du pétrole. Ils font un peu ce qu’ils veulent dans le milieu médical. Ils savent se rendre indispensables et incontournables.
– C’est un peu vrai. Ils font la pluie et le beau temps. Ils tiennent les médecins, les pharmaciens et d’une certaine façon les malades consommateurs à cran. Tout le monde y trouve son compte. Il y a une telle diversité. Une telle concurrence. C’est à celui qui trouvera le « principe actif » innovant pour un médicament révolutionnaire et commercialisable au plus grand nombre. Même si parfois c’est douteux. Certains médicaments ne sont que des produits de confort, des placébos, dont on pourrait se passer. Si le besoin n’existe pas, il faut le créer jusqu’au manque si possible. Une drogue légale sous contrôle au service des consommateurs rassurés. On ne parle plus de malades (bien sûr certains le sont réellement et doivent être soignés), mais des consommateurs assidus. Une manne pour les lobbies pharmaceutique. Une ruine pour la sécurité sociale. Une aubaine pour les actionnaires.
– Un grand gâchis, dirais-je. Je suis sidéré par la prise médicamenteuse de certaines personnes. C’est effarant. On peut se demander qu’elle est l’origine la pathologie ?
– Souvent, dans les cas les plus graves, on traite une maladie et les inévitables effets secondaires du traitement. Il en résulte bien souvent un enchaînement sans fin. On provoque en quelque sorte un nouveau problème que l’on doit traiter à son tour. Quant aux autres, la plus grande majorité, ils consomment immodérément sous le couvert complice de certains médecins.
– Bonjour le foie, la rate, la flore intestinale et consort. Un véritable et détonnant cocktail de croquettes de toutes les couleurs. Une bouillie indigeste pour notre plus grand bien.
– N’est-ce Pas ? Je n’en suis pas si fière que cela. Je suis consciente des dérives commerciales en incitant les gens à la surconsommation médicamenteuse. Il faut noter, à sa décharge, qu’un médecin prescrivant juste le nécessaire serait considéré par un bon nombre de malades comme étant un mauvais patricien. C’est un comble. Tout cela me pose un souci d’éthique. Je suis en contradiction lorsque j’y pense sincèrement. J’entretiens le phénomène et le refuse dans le fond. Un dilemme dérangeant. Un jour je partirai, mais pour l’instant c’est mon gagne-pain, une garantie pour rester dans ma belle région.
Nous sommes tous des êtres contradictoires dans bien des domaines. C’est terriblement humain. Cette approche introductive nous amène à aborder la complexité de l’écologie dans sa globalité. Tout le monde en parle avec gravité ; sauf les ignorants par cécité et les “climato sceptiques” qui pensent que l’homme a toujours su trouver une solution à chaque problème. C’est bien connu ! C’est bien naturel ! Il est incroyable ce prédateur hors normes (le dernier de la chaîne alimentaire), le bouffeur insatiable d’énergie, ce donneur de leçons, ce sûr de lui-même, ce bricoleur de génie, cet illusionniste aveuglé de lumière, etc. Je parle bien de bricolage, qu’il n’en déplaise aux démagogues ivres de leurs fumeuses théories humanistes. En ce qui concerne l’écologie, l’écolo dans l’âme a bien du mal à être crédible, à s’y retrouver, à accorder ses convictions (somme toutes évidentes dans son discours) avec ses applications dans la vie quotidienne.
Les hommes consomment de l’énergie en abondance pour leur confort de vie, leurs voitures, leurs pérégrinations autour de la terre, etc. ; mais dans bien des cas minimalisent les effets collatéraux inhérents à leur utilisation. Il y a « toujours ou encore » des pendants nocifs, que je sache, à des découvertes à priori utiles et indispensables de premier ordre, dont on ne saurait se passer tant nous en sommes dépendants. Abusivement dépendants. Complètement addicts pour le meilleur certes et le pire parfois. Ce discours énerve ceux qui pratiquent le positivisme à outrance et qui nous demandent d’observer avec enthousiasme la partie pleine d’une bouteille à moitié vide. Nous touchons là à nos antagonismes écologiques avec conscience du manque d’engagement à long terme. « On verra bien » « L’avenir parlera » Nous attendons avec anxiété et passivité, comme nos ancêtres les Gaulois, que « le ciel nous tombe sur la tête », que le vent cesse de souffler sans raison, que l’eau retourne gentiment dans son lit originel, que la glace cesse abusivement de fondre, que les incendies s’éteignent d’eux-mêmes faute de combustible, que sauver trois grenouilles, deux nénuphars, une flaque d’eau, un bosquet de chênes, trois noisetiers, deux mésanges, une chouette, une bonne poignée d’insectes dont une libellule et deux papillons bleus, une colonie de mulots, etc., suffiront à recréer de la biodiversité. Un beau jardin tout au plus. Ce n’est pas mal, un bon début. Une goutte d’eau esseulée dans un immense chantier en reconstruction. Il nous faut rechercher des responsables pour nous rassurer d’un choix que l’on subirait… nous en sommes là à justifier notre inertie. Ce constat nous contrarie sauf ceux qui l’ignorent sciemment par manque de courage ou de lucidité. Nous sommes en contradiction avec nos vœux les plus sincères.
Nous constatons avec effarement que nous étions d’accord sur ce vaste et épineux problème de l’écologie. C’est un fait inquiétant. Nous ne sommes convaincus qu’entre personnes convaincues. C’est insuffisant. Il y a urgence. La terre mal en point a mal dans son âme, tourne sur elle-même en attente de plus de respect de la part des hommes… Vaste programme ! Ces échanges ressemblaient à une révision de ce que nous devrions faire et que nous ne faisons que d’une façon sommaire, détachée, irrégulière ou pas du tout. Demain sera le premier pas de notre engagement total. Ou après-demain. Un jour il sera trop tard. Nous en sommes certains.
Il était quatorze heures. Une des filles, se leva d’un coup se rappelant qu’elle était attendue. Elles étaient en retard. Nous n’avions pas vu le temps passer. C’était intense et prenant, mais sans effet immédiat. Elles me souhaitent une bonne continuation.
Lorsqu’elles sont parties, encore chaud et agité par le sujet traité, je me pose une question : que signifie donc ce concept d’écologie ? C’est un vieux réflexe. Quand je suis perdu, je cherche l’étymologie des mots. Ça me recentre. Ça viendrait du grec « éco » maison, habitat, et «logos » discours. C’est donc la science de l’habitat ! Terme défini par Ernst Haeckel biologiste darwiniste. Je comprends maintenant le discours de Jacques Chirac à Johannesburg le 2 septembre 2002 lors du sommet mondial du développement durable : « notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». C’est encore d’actualité. Un discours reste une intention louable, mais sans investissement sur le terrain: une escroquerie. Ici politique. Ça sent le brûlé. La culpabilité. L’inconscience.
J’en reviens à cette logique implacable. Il y a ce que l’on pense “personnel”. Ce que l’on dit “intentionnel”. Ce que l’on fait ou pas “déterminant” ou “décevant”. Si tu penses et fais ce que tu dis, alors je tire ma révérence. Chapeau bas.


Je me retrouve seul. En fin d’après-midi, Nina la responsable vint me voir pour me demander si tout allait bien. Elle me propose d’utiliser une vaste salle d’accueil équipée d’une cuisine. Je ne pouvais pas mieux trouver. La pluie est intermittente. Je me sens bien. Une bonne nuit s’annonce à l’abri dans une espèce de cabane pour les enfants. Une résidence lilliputienne de bon goût, composée d’une pièce unique, bien isolée et confortable.
Le réveil fut brutal. En me levant j’ai percuté de plein fouet la partie supérieure de l’encadrement de la porte. Je ne l’avais pas mémorisée si basse. Une bonne bosse sur le front. Un cerveau ébranlé pour une mise en éveil instantanée et douloureuse.


La pluie s’était égarée dans la nuit. Une journée idéale s’annonçait. J’étais en pleine forme malgré un léger mal de crâne. Patrick, le père de Nina et fondateur du centre avec Florence sa femme, m’a invité dans le club house pour prendre un café.

J’en ai profité pour lui dire que le centre équestre était un des mieux tenus où j’avais eu la chance et le bonheur d’être accueilli. Ce qui le différenciait des autres c’est qu’il y avait un peu partout, agencés dans les locaux communs, des tableaux, des affiches surprenantes, des copies inspirées, une sculpture africaine, de belles choses. Cela révèle la personnalité de ceux qui ont donné à ce lieu une singularité artistique en adéquation avec le milieu équestre. Le décor en valait le détour.

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