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De surprises en surprises

Le 08 Septembre 2019 Noirétable (Vérines lieu-dit).

Un itinéraire très mouvementé et physique. Nous marchions sur une route depuis un bon moment. Ce n’était pas l’idéal mais nous n’avions pas le choix. C’est très lassant et ennuyeux de marcher sur du bitume. Surtout en montant. Cabotte en avait plein les sabots ; et moi les pieds et le dos.

Nous devions aller jusqu’à Notre-Dame de l’Hermitage pour la nuit.

Alors que nous longions un hameau de quelques maisons fixées en contrebas de la route, je décide de m’arrêter pour consulter mon itinéraire.

Je me retrouve devant une magnifique bâtisse toute en pierre de taille. Une voix m’interpella. Je levai ma tête et découvris une dame dans son jardin.

– Vous cherchez quelque chose ?

– Pas vraiment, je fais juste un point pour savoir si je suis loin de Notre-Dame de l’Hermitage.

– Ce n’est pas très loin en voiture, en vingt minutes à peine on est en haut. À pied, c’est une autre histoire. Ça monte tout le temps. Si vous voulez vous pouvez rester ici. J’ai de la place pour vous et votre ânesse.

Je n’ai pas réfléchi bien longtemps. J’en avais marre. Ça tombait bien encore une fois. Elle me fit entrer dans son monde. L’endroit était magnifique. Des fleurs partout, une végétation abondante et maîtrisée avec goût ; un bel endroit enchâssé dans un trou de verdure et de fraîcheur. Je débâte Cabotte et l’installe dans un enclos voisin.

– Avez-vous déjeuné ?

– J’attendais d’arriver à Notre-Dame de l’Hermitage pour manger.

– Si vous n’êtes pas pressé et difficile je vous prépare quelque chose avec ce que je vais trouver dans la cuisine.

Tout en me préparant des pâtes, judicieusement améliorées par de petites subtilités culinaires de sa composition dont j’eus aimé en connaître le secret, nous avons entamé une longue discussion. Monique était martiniquaise et vivait en métropole depuis de nombreuses années. Elle était tombée amoureuse de cette maison, au premier coup d’œil. Un coup de foudre. Elle l’avait achetée et y avait réalisé de nombreux travaux. C’était son lieu ressource. Je pouvais la comprendre, cet endroit respirait la douceur de vivre. Monique avait un hobby : elle affectionnait ce qui était beau. Ce qui en soi est magnifique. Et pour elle ce pays recélait de véritables trésors d’architecture, de culture, d’art et d’objets divers. Elle adorait aussi chiner, à la recherche de la rareté et de la singularité. Elle ne s’en lassait pas. C’était une véritable esthète. Elle avait parcouru l’hexagone de long en large. Elle en connaissait un rayon si je puis dire. Je n’ai jamais entendu quelqu’un parler de notre pays avec autant de ferveur et de respect. Cela me ramenait à mon propre voyage. Au choix de me balader sur nos terres et villages. J’atteste comme Monique ; la France est multiple et surprenante. Chaque jour je découvrais de nouvelles et différentes contrées. La France est composée de pays singuliers ayant une entité propre ; j’entends par pays (il ne s’agit pas ici de la nation) cette notion originelle paysanne définissant un territoire bien spécifique et identifié comme tel. D’ailleurs aujourd’hui on parle de contrats de pays pour redéfinir un “paysage” économique et politique. La géographie visiblement reprend ses droits, la place qu’elle n’aurait jamais dû quitter…

Ensuite Monique repart travailler dans son jardin. J’en profite pour aller voir ma douce Cabotte. Un jeune homme me rejoint. Nous avons très rapidement sympathisé. Il était intéressé par mon périple. Au bout d’un moment il me dit.

– Nous vous invitons à manger ce soir. Il y aura un autre couple avec nous. Des amis.

– Ce serait avec plaisir, mais je dois prévenir Monique. Je suis chez elle. Quelque part, ça me gêne vis à vis d’elle et de son accueil généreux. J’ai l’impression de lui faire faux bond si j’accepte.

– Ecoutez, vous êtes invité. Vous voyez.

Je rejoins Monique dans son magnifique jardin. Je lui parle de la proposition de ses voisins. Ceux-ci habitaient juste en dessous de chez elle.

– Vous verrez me dit-elle, ils sont très agréables.

Par cette phrase je me sentais soulagé. Libre d’y aller. Elle me donnait d’une certaine façon son accord. Je le ressentais comme cela… J’avais l’impression de lui devoir ma présence.

Me voilà donc chez Mathieu et Pricillia. Très rapidement je me suis senti à l’aise. Encore un sentiment de déjà vu, de connu, de vécu. J’aide Mathieu à faire cuire un énorme cèpe (au moins trente centimètres de diamètre, un monstre égaré de Tchernobyl, véridique) sur des charbons de bois ; un barbecue au sol, profond, rond, cerclé de pierres et au dessus une grille suspendue réglable en hauteur. Un bel ouvrage très fonctionnel conçu par lui. Lorsque leurs amis, Magalie et Claude, sont arrivés nous avons pris un apéro accompagné de nos cèpes grillés en lamelles. Un régal. Ensuite nous sommes rentrés dans la maison. Il commençait à faire frais dehors. La nuit tombait rapidement. Les jours raccourcissaient inexorablement, cela me rappela que j’allais aborder un changement de temps et de température : plus humide. C’était déjà le cas. Le matin la toile de la tente suintait de mille gouttelettes à l’intérieur. C’était de la condensation due à ma ventilation. C’est fou le nombre de litres d’air que l’on brasse en une nuit. Mais je reste au sec dans mon duvet. C’est l’essentiel.

La soirée, autour d’une bonne table, fut riche en échanges. Je vivais sereinement le fait d’être là en si bonne compagnie. J’avais la forme. J’étais d’humeur joyeuse et bavarde. J’appris aussi que Mathieu et Pricillia allaient quitter cette belle région pour aller s’installer à Salies de Béarn dans les Pyrénées Atlantiques. Un bel endroit à soixante kilomètres de chez moi. Mathieu est kiné et Pricillia esthéticienne. Ce n’est pas une esthéticienne classique comme on pourrait l’imaginer, elle abordait son travail en tenant compte de la personne, de sa personnalité, de son caractère. Enfin tout un ensemble relationnel. Un vrai travail de fond. L’humain restait au cœur de leurs préoccupations thérapeutiques. Ce qui en fait certainement de très bons professionnels. Ils s’intéressent certes au corps, mais aussi à l’âme ; à leur façon, dans une approche différente. Ils aimaient leur travail. Il est important d’aimer ce que l’on fait. Je suis persuadé qu’ils transmettent une belle énergie, passer entre leurs mains devait apporter du bien être. Ça se voyait sur leur visage, leur façon de vivre, de vous accueillir. Ils inspiraient la confiance et l’authenticité. Une belle soirée.

Le lendemain matin, je suis debout vers 7h00. Je rassemblais mes affaires lorsque j’ai entendu du bruit au dessus de ma tête. C’était Monique, en pleine forme.

– Venez, je vous ai préparé un petit déjeuner. Et si vous voulez, vous pouvez prendre une douche.

Une bonne douche et un copieux petit déjeuner te mettent en excellentes conditions pour aborder une nouvelle journée. Merci Monique.

2 Comments

  1. Très sympa de lire ton roman de voyage dans ce contexte de restrictions d’échanges , de projets dûs aux projections en gouttelettes du Covid !!!
    Tu écris bien !
    PS tu as certainement raté un apéro chez Monique ti punch et citron vert !hihi

  2. ce periple t’a permis de faire de tres belles rencontres et de les partager est formidable

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