Navigation Menu+

Cabotte regardée d’un mauvais œil.

Le 08 Juillet 2019 Méziré, Fesches-le-Châtel.

Un couple m’invite chez-eux. Nicolas est militaire en fin de carrière. Dans quelques mois ce sera terminé. Il sera libre. Il a donné pour la France. Il ne veut plus donner. Il en a marre. Je ne lui demande pas ce qu’il faisait à l’armée. Les militaires ne sont guère bavards. Ils n’entrent jamais dans les détails. En général les militaires de carrière restent muets. N’appelle-t-on pas l’armée la grande muette ?
Nous nous installons. Quelque chose me perturbe. Le voisin ne voit pas d’un bon œil la venue de Cabotte. Il ne cesse de tourner en rond sans réellement entrer en contact avec nous. Il hésite à montrer son mécontentement. Il se sent menacé de je ne sais quoi. Il n’aime pas qu’on lui trouble ses habitudes.
Je vais voir Nicolas.
– Il est bizarre ton voisin. J’ai l’impression que Cabotte l’importune. Si ça devient un problème pour toi nous allons trouver une autre solution. Je n’ai pas envie que notre présence t’apporte des emmerdements avec le voisinage.
– Ne t’inquiète pas. Il est comme cela. Un rien le perturbe. Il ne dit jamais rien mais il pense fort. Quand tu le vois ainsi ne sachant où aller en jetant des coups d’œil furtifs vers nous, c’est qu’il est contrarié. Pour une nuit il ne va pas en mourir. Nous avons l’habitude.
Michel un voisin, qui passait chez eux, nous propose son jardin pour Cabotte. Plus approprié et surtout loin des regards…
Sandrine aussi a été militaire. D’ailleurs c’est à l’armée qu’ils se sont connus. Elle travaillait comme serveuse au mess des sous-officiers ou officiers. Peu importe. Ils m’avouent qu’ils ne disent pas qu’ils sont militaires ou ont été militaires. Nicolas me confie.
– Tu sais, les gens ne nous aiment pas. C’est ce qu’on ressent. On préfère se taire. C’est plus simple. Les militaires ne servent à rien. Ils coûtent chers au pays. C’est de l’argent foutu en l’air, par la fenêtre, etc. Nous en prenons plein la gueule. Pourtant un pays sans armée serait convoité par quelques prédateurs bien armés et préparés. Même les Suisses ont une armée ! C’est pour dire. De plus on défend les intérêts de la France partout dans le monde quitte à se faire dégommer comme des pigeons. Au sens propre et figuré du terme. Nous sommes à la merci et aux ordres des chefs d’état. Aujourd’hui les politiques nous ont abandonnés. Depuis déjà plusieurs décennies. S’il y avait un conflit en France nous serions vite dépassés. Surtout nous l’armée de terre. Les effectifs sont décroissants d’année en année. Il ne reste plus grand monde. Une misère. Je ne sais même pas si nous remplirions le Stade de France ?
Sandrine acquiesce et rajoute.
– On a presque honte de dire que l’on est militaire. Comme si l’on avait des choses à se reprocher. Alors on vit en circuit fermé. Entre militaires. C’est incroyable d’en arriver là. C’est bien triste. Nous sommes écœurés. Ce n’est plus que du passé pour nous. Heureusement.
Pour en terminer avec l’armée se pose un problème de recrutement des jeunes. Les jeunes d’aujourd’hui sont difficilement gérables. Ils ne supportent pas la discipline, les ordres, les efforts physiques intenses, la ponctualité, l’honneur, les contraintes en général. En fait toutes les valeurs prônées et défendues par les militaires. Ces derniers sont contestés. Cela devient un souci majeur pour l’armée de terre. Le commandement en est réduit à s’assouplir, à s’adapter, à trouver des solutions en tenant compte de ce manque de motivation et d’investissement. La professionnalisation de l’armée semble les avoir transformés en salariés classiques. Il n’est pas rare que certains désertent quelques jours. C’est presque normal pour eux. Le seul moyen efficace pour contrer l’hémorragie est de réduire leur solde au prorata des jours absents. Un comble pour des militaires dignes de ce nom.
Michel est un type sympa. Nous allons chez une de ses amies pour me ravitailler (en son et en avoine) pour compléter l’alimentation de Cabotte. Cette dame très dynamique avait des ânes. Elle recueillait aussi des chats. Elle aimait les animaux inconditionnellement. Ces derniers lui renvoyaient ce qu’elle leur donnait sans compter. C’était impressionnant à voir. Les chats étaient les maîtres du logis. Ils étaient décontractés et prospéraient dans l’insouciance.
Nicolas et Sandrine ont un projet à court terme ; s’installer en Espagne. Ils connaissaient très bien l’Espagne. Un autre monde pour eux. Je leur souhaite que du bonheur.

Rédiger un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *