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Un abri et vite.

Les 09, 10 et 11 Juin 2019 Seyssel-Corbonod.

Nous partons le matin sous un ciel menaçant. Déjà deux jours sur place je commence à me dire que l’on va prendre racines. Je m’équipe. J’ai espoir en scrutant le ciel une éclaircie soudaine. Elle ne viendra pas. Les nuages lourds et bas se gonflent d’eau. L’intensité de la lumière baisse. Au début il se met à pluvioter. Au bout d’une heure le ciel se débonde lâchant sur nous des trombes d’eau. Mes chaussures sont pleines de flotte. Je la sens remonter entre mes orteils. Une drôle d’impression. Je prends l’eau. Ma cape est efficace mais pour combien de temps encore. Je commence à sentir une chape de froid m’envahir. De plus, par capillarité, l’eau remonte le long de mon pantalon. Ça devient franchement désagréable. Je regarde Cabotte. Elle marche au rythme d’un métronome droit devant elle en fixant la route. Je lui demande.
– Que fait-on Cabotte ? Ce n’est plus possible.
– On avance, nous n’avons pas le choix. Allons jusqu’au prochain village. Ô mon maître ce n’est pas le moment de douter. Moi aussi j’en ai marre.
– Tu as raison ma Cabotte. Ce n’est pas le moment de lâcher prise. Il faut se remuer. Se prendre en main et avancer.
Je rentre en moi-même puis me mets en route sans réfléchir. J’avance pour avancer. Chaque pas me rapproche de l’endroit où nous allons nous arrêter. Chaque pas est un espoir d’une solution adaptée. Juste un abri. Ça doit se trouver un abri! Je me surprends à chanter du n’importe quoi. Des compositions personnelles d’une grande liberté. Un défoulement très adapté sur le moment. C’est dans cet état second que nous entrons dans le village de Seyssel-Corbonod. Deux heures sous une pluie intense et froide.
J’aperçois une grande masse de plusieurs bâtiments. Une ferme certainement. Nous nous y rendons sans même réfléchir. Dans ce cas tu fonces là où c’est possible. Tu y vas. Point final J’espère.
Ce n’est pas une ferme mais nous sommes chez un viticulteur. Nous entrons dans la cour. Je fonce droit sur une belle porte d’entrée. Je frappe fort et insiste. Au bout d’un certain temps (trop long à mon goût) un homme se présente. Il resta un bon moment sans voix. Un homme trempé nécessitant un essorage intégral et une ânesse bâtée dégoulinant d’eau. Deux zombis égarés sur cette pauvre terre. C’est surprenant. Avant qu’il ne reprenne ses esprits je lui dis sans m’arrêter. Je devais frapper fort sans même respirer.
– Nous devons trouver un endroit pour nous arrêter ce soir. Un endroit abrité pour Cabotte et moi. Sinon nous allons attraper la crève. Peu importe l’endroit pourvu que l’on soit au sec. Nous devons nous arrêter ici. Nous ne pouvons pas aller plus loin. Je ne l’implorais pas mais j’y mettais un peu d’insistance en le laissant juge de la situation et en espérant une solution rapide.
Il réfléchit longuement là aussi puis me dit.
– J’ai un box pour l’ânesse et du foin à volonté ; pour vous j’ai des hangars où j’entrepose du matériel viticole. Vous n’avez qu’à vous trouver un endroit. Il y a de la place. Vous pouvez rester le temps qui vous faudra. Il me montra le box pour Cabotte puis partit terminer sa dégustation de vins avec ses quelques clients qui l’attendaient.
J’étais heureux. Je me suis changé et j’ai préparé mon lieu pour dormir entre un mur et un tracteur plus au fond un gros tas de bois broyé.
Je suis resté deux jours pleins chez-lui. Il a plu tout le temps avec même des orages sporadiques en prime la nuit. À ne rien y comprendre. Changement climatique comme dirait l’autre. Il faut bien accuser quelqu’un. Ou quelque chose. Et bien moi j’accuse la malchance et le fait d’être là alors que j’aurais pu être ailleurs.
J’en profite pour faire sécher mes habits et aller me ravitailler. J’essaie d’écrire mais l’inspiration ne vient pas comme je le voudrais. La pluie a brouillé mes neurones. Mes doigts ne courent plus avec autant d’allégresse sur le clavier de mon ordinateur portable. Le moral est en berne pour l’instant. Cette aventure devient une affaire de mental. J’ai l’impression de ramer à contre courant.
Le patron de temps en temps m’offre un verre de vin de sa cave. Il s’agit de la Maison Gallice producteur de vin d’appellation « Vin de Seyssel ». Le vin est vraiment bon. J’ai pris deux bouteilles, un rosé et un rouge, pour les retrouvailles avec mon amoureuse à Lajoux. Nous avons rendez-vous dans quelques jours.
Je peux travailler mes écrits dans une pièce au sec et au chaud. Je fais sécher toutes mes affaires sur les tuyaux imposants de la chaufferie. Je trouve le temps long. Cabotte tourne en rond dans son box. J’en profite pour réaliser une inspection de santé générale. Elle est en forme malgré quelques bobos récurrents sur son épiderme. Les résiduels de sa dermite. Les sabots sont nickels.

www.maisongallice.fr

Départ le 12.06.2019 sous le soleil

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