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Une histoire de pieds.

Le 28 Juillet 2019 Bourbonne-les-Bains.

Nous nous mettons en route dans de bonnes dispositions mentales. Je m’aperçois que mon pied droit, un peu raide, me parait très à l’étroit dans sa chaussure. Très rapidement la douleur se réveille. Les orteils endommagés me font mal à chaque pas. J’insiste en me convainquant qu’une fois le massage forcé terminé, la douleur s’atténuera. En général ça se passe comme cela. Tu serres les dents un certain temps plus ou moins long et tout se remet en route par miracle une fois les articulations réchauffées Au bout d’une heure trente la douleur devient de plus en plus insupportable. Je dois revoir ma copie. Je souhaite m’arrêter au plus tôt. Cette gêne persistante devient à la longue handicapante.
Je croise sur la route un homme à vélo. Il s’arrête intrigué par cet équipage peu commun en ces lieux. Je lui demande s’il ne connait pas un endroit pour Cabotte et moi. Il me montre une petite parcelle clôturée en jachère avec un cabanon en bois. Ça lui appartient. C’était un ancien jardin. Si cela me convient je peux y rester. Quant à l’eau il ira m’en chercher chez lui. J’accepte. Heureux de cette proposition.
Je soulage rapidement Cabotte de son fardeau. Ensuite je déploie mon siège portable et m’assois. Je n’ai qu’une hâte. Enlever mes chaussures, ou surtout ma chaussure droite.

L’opération est vite réalisée et le soulagement est immédiat. J’enlève mes chaussettes. Je reste un long moment à contempler mes pieds. Je ne médite pas sur mon sort. Je ne suis pas abattu. Je me demande comment je vais remédier à cette situation. Je n’ai pas l’intention de rester plusieurs jours sur place. Il n’en est pas question. La décision est prise demain je repartirai. Quoiqu’il arrive.
Je comprends assez rapidement que mon pied droit est trop comprimé au niveau des orteils. Le pansement est trop imposant. Je décolle difficilement et méthodiquement l’Elastoplast en l’imbibant d’alcool dénaturé. C’est très délicat mais j’y arrive sans trop de mal. Ainsi libérés je constate que mes deux petits orteils sont légèrement enflés et rougis. Rien de surprenant. Au niveau inférieur du métatarse une boursouflure a fait son apparition. Juste à la jointure des deux orteils. Lorsque j’appuie dessus une douleur se manifeste. Très supportable. Je suis rassuré et optimiste. Mais ça reste une gêne.
Je nettoie avec précaution et désinfecte isolément mes deux doigts endommagés. Je les entoure chacun d’un Elastoplast pour éviter des frottements entre eux. Ensuite avec un autre Elastoplast plus large j’immobilise l’ensemble de mes orteils et remonte l’immobilisation à mi-pied jusqu’à la voûte plantaire. L’ensemble reste suffisamment souple. Mes doigts de pied bougent à minima. Trop de raideur m’empêcherait de marcher. Je me déplace sur quelques pas et sans mes chaussures. Le résultat m’apparaît satisfaisant et encourageant.
Je fais un essai dans ma chaussure. C’est évident mon pied est trop à l’étroit. Que faire ? J’ai pensé trouer ma chaussure au niveau des orteils ce qui serait une ineptie. Un véritable crime. J’ai déjà usé une paire de chaussures. J’enlève la semelle et enfile une fine chaussette. Je teste. C’est déjà mieux. Mon pied est moins comprimé. Plus libre. Quant à l’autre chaussure je lui enlève sa semelle et m’équipe d’une chaussette épaisse et confortable. Tout cela me paraît plus équilibré et adapté au problème.
Je garde mes chaussures pour m’habituer à les porter. Et à éventuellement en améliorer le confort.
Gérard revient et m’apporte de l’eau dans le jerrican de cinq litres et les deux gourdes. Il est venu aussi avec une pelle pour que je puisse ouvrir la porte de son abri. Il n’y était plus entré depuis plusieurs années. Il ignorait s’il était vide. Me voilà devenu terrassier. J’enlève la terre qui se trouve devant la porte. J’ouvre. L’endroit est dégagé mais un peu poussiéreux. Le sol est inégal mais facile à rectifier pour un résultat acceptable. L’endroit me convient je dormirai la porte ouverte pour mieux respirer. Je m’installe avec toutes mes affaires. Mon pied reste fragile. Je ne le bouscule pas. Je reste vigilant. À la longue en travaillant je l’oublie presque. Je fais très attention. C’est une journée de repos forcé. Je vais en profiter pour ne plus rien faire. Un après-midi à glander.
En aparté.
Un bon marcheur se soucie de l’état de ses pieds. Chaque soir il les ausculte (soins pédicures) avec minutie entre les doigts et partout où une rougeur se ferait apparente. Cette dernière repérée est annonciatrice d’une ampoule à court terme. Il s’agit d’un frottement, un échauffement contre la chaussure, sur un pli ou une couture de chaussette, ou même entre deux orteils trop comprimés. Il suffit de poser une double peau ou mon fameux Elastoplast pour enrayer le processus.
Je ne voudrais pas en faire une publicité déloyale et abusive mais l’Elastoplast est pour moi une bande élastique multifonctionnelle d’une grande utilité. Solide et très adhésive. Un peu trop parfois. Elle sert entre autres, à prévenir une ampoule, à maintenir efficacement un pansement, à immobiliser un membre, à stabiliser une semelle qui se décolle, à consolider un bout de bois fêlé ou un arceau de tente fragilisé, etc. J’en ai toujours un rouleau à proximité dans mon sac à dos, pour moi mais aussi pour les autres. Les imprévoyants.
Le pied est source de nombreuses expressions françaises très explicites : à pied sec, avoir le pied marin, avoir pied, avoir les pieds sur terre, casser les pieds à quelqu’un, faire des pieds et des mains, faire du pied à quelqu’un, faire un appel du pied, faire le pied de grue, faire un croche-pied, mettre le pied à l’étrier, etc. La liste est loin d’être exhaustive. J’en ai encore sous le pied. Cela prouve l’importance du pied dans notre vie et au quotidien. Alors n’hésitez pas ; prenez en soin. N’hésitez pas à les plonger dans l’eau fraîche d’un torrent ou d’un robinet. Effet constrictor assuré surtout lorsque vous avez une mauvaise circulation du sang au niveau des chevilles. C’est surprenant au début et relaxant au bout d’un moment. Une nouvelle vie. Très bienfaisant lorsqu’on se rechausse.
Quant à l’hygiène ! Des pieds bien entretenus vous éviteront une culture bactériologique nauséabonde à faire gerber le randonneur le plus aguerri. Demandez à ceux qui ont eu le plaisir de partager un gite collectif avec deux boules fumantes et puantes en train de sécher près d’un radiateur. Une horreur. Bonjour l’état des pieds. On se mettrait presque sur le pied de guerre pour cesser ce calvaire olfactif. Aussi désagréable que les ronflements intempestifs et bruyants d’un marcheur abandonné dans son sommeil profond et réparateur.
Alors que j’étais à pied d’œuvre en train de m’emmêler les pieds dans mes pensées pédestres, je vis arriver ma douce Cabotte. Elle paraissait soucieuse.
– Ô mon bon maître vous semblez très préoccupé par l’état de vos pieds.
– Effectivement ce n’est guère le pied. J’ai encore les pieds sur terre.
– C’est donc une histoire de pieds ?
– Ce n’est pas très grave, demain je serai sur pied, prêt à avancer pied à pied, un pied après l’autre vers l’inconnu.
– C’est bougrement bien dit. C’est une belle avancée. J’ai moi aussi un problème de pied.
– De pied !
– Plutôt de sabot. J’ai un indésirable caillou coincé dans la fourchette cornée de mon sabot postérieur gauche.
– J’en demeure pieds et mains liés, vous connaissez bien l’anatomie de votre pied ma douce Cabotte.
– N’est-ce pas ! Ça vous laisse sur pied. Tenez, prenez mon pied et nettoyez-le sur le champ au pied levé.
J’exécute sans broncher de peur de prendre un coup de pied au cul par ma belle Cabotte adorée. Elle a l’œil vif et éveillé, le sabot solide et l’esprit très entreprenant.
Une fois soulagée, elle me dit tout en me taquinant comme elle sait si bien le faire. Un pied de nez de plain-pied en quelque sorte.
– Bon pied bon œil Ô mon bon Maître. Je vous suis reconnaissante.
– En ce qui te concerne je dirai : bon œil bon pied et te voilà miraculeusement débarrassée de l’intrus.
– Foutaise de vos jeux de mots de mille pieds ? Je m’en vais de ce pas retrouvé, brouter l’herbe de ce pré. Un pied c’est tout.
J’adore ma belle Cabotte si pleine d’humour et de bon sens.

sdr

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